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Affaires et scandales


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#81 Funambule

Funambule

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Posté 04 dcembre 2016 - 10:56

Pour ceux que ça intéressent, je mets ici les articles de Mediapart sur l'affaire "football Leaks"



#82 Funambule

Funambule

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Posté 04 dcembre 2016 - 11:01

La folle histoire de «Football Leaks»

 

Mediapart et le réseau European Investigative Collaborations ont eu accès à 1 900 gigaoctets de documents confidentiels. Une mine gigantesque d’informations, qui nous permet de révéler les coulisses peu reluisantes d’un foot business miné par l’appât du gain. Voici le récit de mois d'enquêtes et de relations avec une source contrainte de changer fréquemment de pays de résidence.

 

Il s’agit de la plus grande fuite d’informations de l’histoire du sport. Mediapart et ses partenaires du réseau de journalistes d’investigation European Investigative Collaborations (EIC) démarrent ce vendredi 2 décembre la publication des Football Leaks. C’est le coup d’envoi de trois semaines de révélations, basées sur 1 900 gigaoctets de données informatiques (l’équivalent de 500 000 bibles…), obtenues par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. La fuite contient, au total, 18,6 millions de documents confidentiels : contrats, audits, immatriculations de sociétés, factures, comptes bancaires ou encore emails.

 

Pendant sept mois, soixante journalistes de douze pays européens ont analysé cette gigantesque masse de données, puis ont enquêté, souvent par équipes multinationales, sur les coulisses du foot business, qui s’exerce à l’échelle du continent et parfois plus. Outre Mediapart et Der Spiegel, le projet rassemble The Sunday Times (Royaume-Uni), Expresso (Portugal), El Mundo (Espagne), L’Espresso (Italie), Le Soir (Belgique), NRC Handelsblad (Pays-Bas), Politiken (Danemark), Falter (Autriche),Newsweek Serbia (Serbie) et The Black Sea, un média en ligne créé par le Centre roumain pour le journalisme d’investigation, qui couvre l’Europe de l’Est et l’Asie centrale.

 

Les documents Football Leaks permettent de mettre en lumière d’une façon inédite les coulisses de l’industrie du football. Évasion fiscale, paradis fiscaux, blanchiment, conflits d’intérêts, commissions occultes pour faciliter les transferts de footballeurs, exploitation des joueurs mineurs, agents sans foi ni loi, financiers aux connexions mafieuses : nos données racontent l’histoire d’un sport rongé par la fièvre du profit, devenu un business ultra-spéculatif où tous les moyens sont bons pour grappiller de l’argent, via des montages offshore aussi opaques et complexes que ceux élaborés par les marchands d’armes ou les multinationales comme Apple et Amazon. 

Même les plus grandes stars sont mises en cause. Nos premières révélations montrent que le triple Ballon d’or Cristiano Ronaldo a dissimulé 150 millions d’euros dans les paradis fiscaux avec l’aide de Jorge Mendes, l’agent le plus puissant du monde. Lequel a organisé un réseau d’évasion fiscale pour ses sept clients les plus riches, dont l’entraîneur José Mourinho, deux fois vainqueur de la Ligue des champions, ou l’attaquant de l’AS Monaco Radamel Falcao (lire nos enquêtes ici et ).

 

Les personnalités qui figurent dans les données sont riches et puissantes. Ces vendeurs de rêve, promoteurs d’un spectacle qui rapporte des milliards d’euros par an, détestent qu’on vienne sentir l’odeur de leur arrière-cuisine. Ils ont beaucoup trop à y perdre. Alors, ils ont riposté à leur manière. Immédiate et brutale.

 

Dès qu’il a reçu, le 23 novembre, les questions de l’EIC, le cabinet d’avocats espagnol Senn Ferrero, qui défend Ronaldo et les autres joueurs du système Mendes, a tout mis en œuvre pour tenter d’empêcher la publication des Football Leaks. Le jour même, Senn Ferrero obtenait en Espagne une décision de justice qui interdit à notre partenaire El Mundo de publier le moindre article sur le sujet, et lui ordonne de communiquer l’ensemble des documents et l’identité de notre source. Le cabinet affirme que nos données sont issues d’un piratage informatique dont il a été victime. El Mundo a décidé de publier quand même, malgré cette absurde censure judiciaire.

 

Senn Ferrero ne s’est pas arrêté là. Le 25 novembre, par l'intermédiaire du cabinet Deloitte, il a menacé les douze médias membres de l’EIC de poursuites pénales et d’actions civiles pour réclamer des dommages, si jamais nous persistions à vouloir publier. Dans son courrier, le cabinet d'avocats estime que révéler les montages fiscaux« confidentiels » des stars du ballon rond porterait un grave préjudice à leur « honneur », à leur « image » et à « leur vie privée et celle de de leur famille ». Évidemment, ni Mediapart, ni les autres membres de l’EIC n’ont cédé à la menace. Nous avons également choisi de publier l’injonction, même si le cabinet d’avocats écrit que le « contenu de ce courrier est également confidentiel »

Lorsqu’il a appris cette tentative d’intimidation, l’homme à l’origine de Football Leaks, c’est-à-dire la source, est resté silencieux. Il n’a pas dû être surpris. Il se fait appeler “John”. Mediapart ignore son identité. Il communique exclusivement avec Rafael Buschmann, le journaliste du Spiegel à qui il a transmis les données. Selon Rafael, “John” est un jeune Portugais qui parle cinq langues et en apprend deux autres, dont le russe. Il porte des jeans et des tee-shirts hiver comme été. C’est un bon vivant au rire communicatif, qui aime la fête et la bière. “John” a une grande confiance en lui-même et en ce qu’il fait. Il s’intéresse à la politique et à la crise des réfugiés. Il a les ongles rongés jusqu’au sang, signe du stress auquel il est soumis depuis un an.

 

“John” est un homme traqué. Outre l’enquête en cours en Espagne, il est recherché par la justice portugaise, qui le soupçonne d’avoir orchestré un autre piratage informatique. Le fonds d’investissement Doyen Sports, victime présumée de cette intrusion, a lancé quatre équipes de détectives privés à ses trousses, dont des hackers russes et un ancien soldat d’élite britannique. Début 2016, “John” se cachait quelque part en Europe de l’Est. Il n’y est sans doute plus. Il ne reste jamais très longtemps au même endroit. 

 

La pression ne l’empêche pas d’assouvir sa passion. Il y a quelques semaines, il chantait dans un stade, quelque part en Allemagne, avec les supporters d’un club de la Bundesliga. “John” est un fou de foot, un vrai geek incollable sur les clubs et les joueurs, même les moins prestigieux. Il se voit comme un lanceur d’alerte, une sorte de Robin des Bois dont la mission est de venger les supporters en exposant les dérives du sport roi. « Il est temps, enfin, de nettoyer le football, dit-il. Les fans doivent comprendre qu’à chaque fois qu’ils achètent un billet, un maillot ou un abonnement à une chaîne de télévision, ils alimentent un système extrêmement corrompu qui n’agit que pour lui-même. »

 

Le 29 septembre 2015, “John” a mis en ligne un site web baptisé Football Leaks. Pendant cinq mois, il a fait trembler une première fois le monde du foot en publiant des dizaines de documents confidentiels. Son premier message annonce la couleur :« Malheureusement, ce sport que nous aimons tant est pourri. Les fonds, les commissions, le racket, tous servent à enrichir certains parasites qui attaquent le football et sucent totalement les clubs et les joueurs. »

 

“John” promet des « révélations ». Il tient parole. Football Leaks dévoile les montants astronomiques des rémunérations ou des transferts de stars comme l’ailier du Real Madrid Gareth Bale, l’entraîneur du Sporting de Lisbonne George Jesus, ou les joueurs français Anthony Martial et Eliaquim Mangala. “John” publie les contrats léonins du fonds d’investissement Doyen Sports, qui achète des parts de footballeurs aux clubs désargentés, et en profite pour leur imposer sa loi. Suite à ces révélations, l’un des clients de Doyen, le club néerlandais de Twente, a été sanctionné par la FIFA et son président forcé à la démission. Football Leaks a aussi mis au jour une filière de blanchiment de l’argent des transferts de joueurs sud-américains vendus à des clubs italiens.

 

Football Leaks attire l’attention des médias, de L’Équipe au prestigieux New York Times« Personne ne comprend ce qui se passe, mais personne ne veut être le prochain » sur la liste, confie un dirigeant de club au quotidien américain. Le 21 janvier 2016, le site est même félicité publiquement par Mark Goddard, le responsable dutransfer management system (TMS), la police des transferts de la FIFA, qui juge ses informations « très utiles » pour son travail. « Ce serait vraiment bien si on avait une source vérifiable, transparente et crédible, et pas seulement des sites de leaks sur le football », ajoutait Goddard, dénonçant le peu d’informations que lui envoient les clubs pour faire son travail : « Cela permet une grande opacité et la réalisation de manœuvres douteuses. C’est vraiment une honte. »

 

Malgré ces succès, “John” n’est pas satisfait. Il ne veut plus publier les contrats au compte-gouttes. Il souhaite que ses millions de documents soient explorés en profondeur, que des histoires et du sens émergent de l’océan des données. C’est pour cette raison qu’il a, au printemps dernier, fourni huit disques durs contenant l’intégralité du leak au Spiegel, qui l’a transmis au réseau de journalistes d’investigation EIC. Pendant sept mois, nous avons enquêté, vérifié, recoupé. Et acquis la conviction que les données étaient parfaitement authentiques.

 

De son côté, “John” a vécu sous la pression de ses puissants ennemis. Les détectives privés lancés à ses trousses pensent l’avoir identifié. Dans un mail confidentiel, l’un d’entre eux prévoit d’aller rencontrer ses parents au Portugal. Un blog anonyme aujourd’hui disparu, sans doute créé par ses adversaires, a publié un nom et une photo. Son site web a été plusieurs fois fermé, et toujours rouvert. « Nous sommes toujours là ! », a-t-il lancé un jour, dans un sourire triomphant, au reporter allemand Rafael Buschmann. 

 

Le journaliste du Spiegel l’a rencontré des dizaines de fois et a passé des centaines d’heures avec lui au téléphone. Mais il n’a pas pu percer ses secrets. Rafael Buschmann le décrit comme un homme extrêmement secret. On ignore s’il bénéficie de soutiens. “John” dit seulement qu’il n’est pas seul, que Football Leaks est un travail d’équipe. Poussé sur le sujet, il élude avec un sourire.

 

Car Football Leaks a aussi une face sombre. Une histoire digne d’un film d’espionnage, où il est question de piratage, de chantage et de tentative d’extorsion de fonds. On en trouve la trace dans les documents Football Leaks, ainsi que dans des emails confidentiels ne figurant pas dans les données, mais que l’EIC s’est procurés.

 

Le 29 septembre 2015, la première version du site est mise en ligne. Cinq jours plus tard, Nelio Lucas, le patron portugais du fonds d’investissement Doyen Sports, reçoit un courriel d’un homme qui se fait appeler Artem Lobuzov – sans doute un pseudonyme. Il utilise une adresse électronique créée chez Yandex, la plateforme russe qui héberge également les fichiers publiés par le site Football Leaks.

 

« La fuite est bien plus importante que vous l’imaginez », écrit Lobuzov. Et de décrire des documents très embarrassants pour Doyen. Il y est question du business personnel de Nelio Lucas via une société écran, des oligarques kazakhs qui financent Doyen, de« documents antidatés » qui ont permis de blanchir une commission versée au fils du président d’un grand club de foot. « Tout cela et bien plus encore peut être publié sur internet et ensuite dans la presse européenne. Mais vous ne voulez sûrement pas que ça arrive, n’est-ce pas ? »

 

Le patron de Doyen demande à Lobuzov ce qu’il veut. « Une généreuse donation », qu’il chiffre « quelque part entre 500 000 et 1 million d’euros »« Vous pourrez être sûr que les informations que j’ai seront éliminées. On peut résoudre ça dans le plus grand secret, de préférence entre avocats. » Pour preuve de sa bonne foi, le maître chanteur propose d’interrompre la publication. Et il tient parole : pendant deux semaines, aucun document de Doyen n’apparaît sur le site.

 

Pour conclure le deal, Artem Lobuzov recrute un avocat portugais, Annibal Pinto. Rendez-vous est pris le 21 octobre 2015 avec Nelio Lucas et son conseil dans une station-service de la banlieue ouest de Lisbonne. Mais le patron de Doyen, qui a découvert que son entreprise a été piratée, a porté plainte. Lorsque la réunion commence, elle est observée et enregistrée par la police. Selon un mail interne de Doyen, un accord aurait été conclu pour 300 000 euros. Et Annibal Pinto aurait affirmé qu’il pouvait « contrôler Artem ».

 

Contacté par l’EIC, l’avocat d’Artem Lobuzov dément. Il assure qu’il n’a réalisé que lors de la réunion que son client se livrait à une tentative d’extorsion de fonds. « J’ai alors mis fin à la conversation (…) et j’ai conseillé à mon client, comme je le fais toujours, de ne pas poursuivre une activité qui pourrait être considérée comme illégale », indique-t-il.

 

Quoi qu’il en soit, l’affaire ne s’est pas faite, sans que l’on sache précisément pourquoi. Peut-être Artem a-t-il appris que le patron de Doyen lui avait tendu un piège. Deux semaines après la rencontre, Football Leaks publie un document interne de Doyen. Nelio Lucas, furieux, écrit qu’il ne veut désormais payer que la moitié de la somme convenue.« Gardez votre argent, vous en aurez besoin », lui répond Artem Lobuzov. Le patron de Doyen réplique par cette menace : « Je ne vous menace pas d'une montagne de plaintes, ce que vous méritez, mais nous ne sommes pas des bandits. Nous avons du caractère et des principes. On va vous donner une autre leçon qui vous fera encore plus mal !!!! »

 

Au nom de l’EIC, Rafael Buschmann a confronté sa source. Artem Lobuzov travaille-t-il avec “John” ? Sont-ils une seule et même personne ? “John” est-il un hacker ? Le jeune homme n’est manifestement pas très à l’aise avec ces questions. Avant de répondre, il fixe son écran d’ordinateur pendant plusieurs minutes : « Nous n’avons jamais piraté personne, et comme nous l’avons toujours dit, nous ne sommes pas des hackers. Nous avons seulement un bon réseau de sources. Toutes ces allégations ridicules viennent d’une organisation criminelle. Selon nous, Doyen est une mafia. » “John” se refuse à tout autre commentaire sur le sujet.

 

Doyen a refusé de répondre à nos questions, arguant notamment que les donnéesFootball Leaks « ont été obtenues de façon illégale ». Nous réfutons fermement cet argument. Les journalistes sont, par nature, amenés à détenir des informations qu’ils n’auraient jamais dû avoir. Si elles sont d’intérêt public, les médias ont le devoir de les publier. C’est le cas des Football Leaks, qui permettent de documenter de façon inédite les dérives du sport le plus populaire au monde.

 

Plusieurs scandales retentissants d’évasion fiscale, des Luxleaks aux Panama Papers, sont issus de données volées ou probablement piratées. Et les sources de ces fuites ne sont pas toujours des oies blanches. Hervé Falciani, l’informaticien à l’origine desSwissleaks, a dérobé le fichier clients de la banque HSBC à Genève, et aurait dans un premier temps tenté de le revendre à des banques libanaises. Il a par la suite transmis ces données à des journalistes et aux administrations fiscales de plusieurs pays, ce qui leur a permis de récupérer plusieurs milliards d’euros auprès des fraudeurs.

Doyen affirme également que les documents sont « totalement faux, ont été manipulés et créés comme une invention ». Après sept mois d’enquête, nous sommes persuadés du contraire. Et à ce jour, aucune des informations déjà publiées sur le site Football Leaksn’a été remise en cause. Certains documents ont même été authentifiés par la FIFA, lorsqu’elle a sanctionné le FC Twente pour l’accord financier illicite que ce club néerlandais a passé avec Doyen.

 

Le cabinet d’avocats espagnol Senn Ferrero, qui défend la superstar Cristiano Ronaldo et les autres joueurs qui ont caché leur argent au fisc avec l’aide de leur agent Jorge Mendes, nous ont servi une version plus prudente du même argumentaire, estimant que les documents « pourraient avoir été manipulés ou partiellement biaisés ». Sauf que les réponses écrites du cabinet sur le fond du dossier confirment intégralement nos informations (lire nos enquêtes ici et ). Les documents Football Leaks visent juste. Et comme le montrerons dans nos articles des trois semaines à venir, ils sont accablants pour le petit monde du foot business.



#83 Funambule

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Posté 04 dcembre 2016 - 11:10

Ronaldo, 150 millions d'euros dans les paradis fiscaux

 

La superstar du Real Madrid a dissimulé, depuis 2008, 150 millions d’euros dans des paradis fiscaux, en Suisse et aux îles Vierges britanniques, selon les documents Football Leaks révélés par Mediapart et ses partenaires de l’European Investigative Collaborations (EIC). Ronaldo a d’abord caché son magot au fisc, puis s’est débarrassé de sa coquille offshore, éludant au passage 31 millions d’euros d’impôts.

 

Voilà enfin un trophée que Cristiano Ronaldo ne se verra pas contester par Lionel Messi. Il n’est pas question ici du Ballon d’or, attribué le 12 décembre, que les deux joueurs se partagent depuis 2008. Ni du match au sommet opposant ce samedi 3 décembre leurs clubs, le Real Madrid et le FC Barcelone, devant 500 millions de téléspectateurs. Mais d’un terrain sur lequel on ignorait que la vedette portugaise pulvérisait son rival argentin : la dissimulation fiscale.

 

Avec son évasion de 4,1 millions d’euros organisée par son père et pour laquelle il a été condamné l’été dernier à 21 mois de prison avec sursis et 2 millions d’euros d’amende, Lionel Messi fait désormais figure d’artiste naïf. Ronaldo est, lui, un prestidigitateur de génie. Pendant que le monde du football a les yeux rivés sur ses passements de jambes, l’argent qu’il a entre les mains est déjà parti loin, très loin.

 

Ronaldo utilise depuis 2008 un système massif et très organisé d’évaporation d’argent, élaboré par son agent Jorge Mendes, selon les documents Football Leaks, obtenus par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel et analysés par le réseau de journalistes d’investigation EIC (European Investigative Collaborations) dont Mediapart fait partie.

 

Ces documents montrent comment la star du Real a encaissé, en toute discrétion, un total de 149,5 millions d’euros de revenus de sponsoring dans des paradis fiscaux ces sept dernières années. L’attaquant n’a payé, sur cette fortune, que 5,6 millions d’impôts. Soit à peine 4 %. Une prouesse.

 

Pour des montages offshore identiques, d’autres pensionnaires du Real Madrid, dont José Mourinho, ont été l’objet d’un redressement fiscal. Des joueurs du championnat espagnol, comme Samuel Eto’o et Lionel Messi, ont été traduits en justice pour des montants pourtant bien inférieurs. Mais Ronaldo est visiblement un contribuable à part. Ce qui ne manque pas d'interroger sur les protections dont il pourrait bénéficier.

 

Le joueur portugais a d’abord touché, entre 2009 et 2014, 74,8 millions via une sociétéoffshore immatriculée aux îles Vierges britanniques, sans en parler au fisc. Par peur d’être découvert, il a fini par en déclarer une partie. Un contrôle fiscal a été lancé. Mais ses avocats sont miraculeusement parvenus à lui éviter des pénalités. Selon nos informations, il n’a même pas eu à payer d’intérêts de retard pour sa très partielle et très tardive déclaration.

 

L’enquête de l’EIC a cependant permis de découvrir une seconde opération encore plus problématique. Le 20 décembre 2014, Ronaldo a vendu pour 74,7 millions d’euros ses droits marketing pour les années 2015-2020, afin de continuer à profiter d’un régime fiscal ultra-avantageux qui allait disparaître douze jours plus tard. Il a, de cette manière, éludé 31 millions d’euros d’impôts. Selon des documents obtenus par l’EIC, cette manœuvre donne des sueurs froides à ses avocats, le cabinet Senn Ferrero, qui estime qu’un nouveau contrôle fiscal à ce sujet est certain.

 

Interrogé par l’EIC, Senn Ferrero minimise et explique qu’« une inspection est toujours en cours. Apparemment, le plus probable est que les impôts espagnols trouveront très peu de choses ». En réalité, le cabinet d’avocats est terriblement inquiet. Le 24 novembre dernier, 24 heures après avoir reçu nos questions, Senn Ferrero a obtenu en Espagne une décision de justice qui interdit à notre partenaire El Mundo de publier le moindre article sur le sujet, et qui lui ordonne de communiquer l’ensemble des documents et l’identité de notre source, au motif que ces documents auraient été volés (lire ici). El Mundo a fait appel de ce jugement.

 

Senn Ferrero ne s’est pas arrêté là (voir également l’onglet Prolonger). L’EIC a reçu le 25 novembre un courrier des avocats du même cabinet, menaçant de poursuites tous les membres du projet Football Leaks si nous persistions à vouloir publier. Ni El Mundo, ni Mediapart, ni aucun des membres de l’EIC ne s’est plié à cette injonction gravement attentatoire à la liberté d’informer. Rappelons que dans une autre affaire de droits à l’image, le parquet vient de requérir dix ans de prison ferme à l’égard du footballeur camerounais Samuel Eto’o, dont la fraude n’a représenté un manque à gagner « que » de 3,9 millions d’euros pour le fisc espagnol.

 

Quant à Gestifute, la société de l’agent de Ronaldo, Jorge Mendes, elle a mis en ligne le 1er décembre un communiqué dans lequel elle menace elle aussi de poursuites judiciaires tout journal qui mettrait en cause la probité fiscale du joueur. « Cristiano Ronaldo et José Mourinho [également mis en cause] respectent pleinement leurs obligations fiscales vis-à-vis des autorités fiscales espagnoles et britanniques », avance Gestifute, qui tente de rassurer par avance les fans du joueur.

 

Le football permet de s’évader, et c’est aussi vrai pour les spectateurs. Devant un match, ils ne pensent qu’au jeu. Ils dépensent sans compter en dépit de tarifs cumulés exorbitants : places au stade, maillots, abonnements à des chaînes de télévision… Hypnotisés par le spectacle, les fans tolèrent des salaires démesurés. Ils se sont habitués à des montants de transferts exponentiels.

 

Le problème est que cet argent se volatilise. Quand les fans s’offrent une paire de Nike griffées « CR7 » (le numéro fétiche de Ronaldo, floqué sur son maillot) à 325 euros, ils ne s’imaginent pas que l’attaquant portugais encaisse 13 euros, via une société offshore aux îles Vierges britanniques. Ni que l’argent, qui ne revient pas sous forme d’impôt dans les caisses de l’État, fera ainsi défaut pour construire des stades, les transports qui les desserviront, pour payer les policiers qui en assureront la sécurité, bâtir des terrains pour des jeunes, ou encore faire fonctionner les hôpitaux où seront soignés les blessés.

 

Ronaldo est ou n’est pas le meilleur joueur du monde. Peu importe. Ce qui est sûr, c’est qu’il en est la plus grande star, son représentant le plus éclatant avec ses 200 millions de fans sur les réseaux sociaux. À compter d’aujourd’hui, il en deviendra aussi le symbole le moins reluisant. Car l’homme qui fait rêver les enfants n’aime pas les impôts. Considère-t-il qu’en payer équivaut à une défaite ? Vit-il tout cela comme un jeu, où la tricherie serait comparable à la simulation d’un penalty ? À moins que ce soit la déformation du sportif de haut niveau : vouloir gagner toujours plus même quand il a déjà tellement gagné.

 

Le contribuable Ronaldo a pourtant largement de quoi payer. Il a accumulé un patrimoine de 209 millions d’euros, logé en grande majorité entre la Suisse et le Luxembourg. Il y a aussi sa maison à Madrid (4,5 millions d'euros), ses quinze demeures au Portugal, ou encore sa collection de sept bolides d’une valeur totale de 1,25 million euros, comme sa McLaren MP4, sa Porsche Panamera, sa Lamborghini Aventador ou sa Ferrari 599.

Côté salaire, Ronaldo a touché très exactement 34 672 988,31 euros en 2014. Sans compter ses droits à l’image, versés par son club et des multinationales, pour s’approprier un peu de sa gloire. Ce sont justement ces gains de sponsoring, beaucoup plus faciles à dissimuler que les salaires, que Ronaldo a cachés derrière une société écran aux îles Vierges britanniques, un célèbre paradis fiscal.

 

Ces revenus sont issus d’un rapport travail/revenus qui dépasse l’entendement. En juin 2013, Ronaldo a par exemple consacré 6 h 45 de sa vie à Toyota. Tarif : 1,9 million de dollars, soit 4 691 dollars la minute. Mais à ce prix, la marque japonaise ne pourra utiliser le spot qu’au Moyen-Orient, en Algérie, au Maroc et en Afghanistan.

 

Cette restriction a ainsi permis à Ronaldo de tourner en Chine une publicité pour une autre voiture japonaise, la Honda Guangqi, plus avantageuse encore : six heures devant la caméra pour 2 millions d’euros. Et si par malheur la star devait rester un peu plus longtemps sur le tournage, il toucherait 600 000 euros de bonus. Chaque seconde compte.

 

Nike reste toutefois imbattable. La firme américaine verse à Ronaldo un salaire de 1,6 million d'euros par an. Auquel il faut ajouter des primes : 250 000 euros par exemple, s’il finit meilleur buteur du championnat espagnol – à ce tarif, on comprend qu’il veuille tirer les penaltys. Comme on comprend qu’il veuille jouer à tout prix. Ronaldo a disputé la Coupe du monde 2014 en dépit d’une handicapante blessure au genou. Était-ce pour être à la hauteur de l’événement ? Ou parce qu’il aurait perdu la moitié de sa rémunération annuelle versée par Nike en cas de forfait ?

 

Si la Coupe du monde a lieu tous les quatre ans, Nike, lui, sort chaque année une nouvelle ligne « CR7 ». Toujours un événement. Ronaldo touche 5 % du produit de ces ventes, ce qui s’est traduit en 2011 par un virement de 2,6 millions d’euros.

 

Il est plutôt logique de vouloir se chausser comme Ronaldo. Mais on peut aussi rêver de se shampouiner comme lui, se parfumer à son image, de regarder l’heure sur la même montre, de manger ce qu’il aime – le géant américain Herbalife lui verse plus de 15 millions de dollars sur quatre ans –, ou de placer son argent dans une banque qu’il recommande ; et il s’y connaît. On peut même voler comme lui, dans le ciel s’entend : la compagnie Emirates lui verse 1,1 million.

 

S’il était un citoyen comme les autres, Ronaldo aurait créé en Espagne une société dans laquelle seraient versés tous ces émoluments. Ce ne serait pas trop douloureux pour lui, car tout a été fait pour faciliter la vie des footballeurs de son espèce. En 2004, une loi fiscalement avantageuse a été adoptée par le gouvernement espagnol pour, disait-il, attirer dans le pays les meilleurs scientifiques et cadres étrangers. Mais le texte a vite été rebaptisé « Lex Beckham » (du nom du célèbre joueur britannique), tant il était taillé pour les millionnaires du ballon.

 

Avec ce statut d’« impatrié » (qui octroie des avantages fiscaux à certains étrangers), les recettes marketing engrangées à l’étranger ne sont pas taxées. Zéro. Or les fiscalistes de Ronaldo estiment que 80 % de ses droits à l’image sont justement liés à l’étranger. Quant aux 20 % restants, gagnés en Espagne, le fisc n’en prélève que 24,75 %. Ronaldo n’est donc taxé, au bout du compte, qu’à un peu moins de 4 %. Contre 45 % pour ses coéquipiers espagnols, ou pour Lionel Messi, qui a la double nationalité argentine et espagnole.

 

Résumons : sur les 75 millions de droits à l’image engrangés entre 2009 et 2014, Ronaldo ne devait reverser au fisc que 540 000 euros par an, soit 2,7 millions au total. L’équivalent de ce qu’il gagne en quelques heures sur un tournage de pub.

 

Mais pour Ronaldo, c’est encore trop. La star se tourne donc vers son agent portugais, le plus puissant au monde : Jorge Mendes. Ronaldo le considère comme « un père ». Il l’a choisi comme parrain de son fils et a embauché sa fille comme community manager. Il lui a même offert une île grecque pour son anniversaire.

 

Papa Jorge prend les choses en mains. D’autant plus facilement qu’il s’y connaît en paradis fiscaux : dès 2004, il a mis en place un système offshore pour diminuer les impôts de ses illustres clients, dont l’entraîneur de Manchester José Mourinho (lire notre enquête ici). Il suffit d’intégrer Ronaldo dans l’équipe. En 2008, quelques mois avant que l’attaquant ne débarque au Real, il transfère ses droits à l’image à Tollin Associates, une société écran sans la moindre activité, immatriculée aux îles Vierges britanniques, où l’impôt sur les sociétés est nul. Puis Tollin en confie l’exploitation à Multisports Image & Management (MIM) et Polaris, deux sociétés du groupe Mendes. L’agent les a immatriculées en Irlande, pour ne pas effrayer les sponsors.

 

Les prestations de Ronaldo sont facturées par MIM. Laquelle prélève 6 %, reverse 20 % de commissions à Polaris, et envoie le solde à Tollin, qui le stocke sur des comptes en Suisse. La coquille aux Caraïbes engrange ainsi 75 millions d'euros entre 2009 et 2014. Sans que le fisc espagnol en ait la moindre idée. Ronaldo oublie, chaque année, d’en parler dans ses déclarations d’impôts. Le triple Ballon d’or n’en fera mention qu’en 2015. Et encore, de façon très partielle…

 

La soudaine transparence de « CR7 » est, en vérité, tout sauf spontanée. En septembre 2014, le fisc espagnol lance un premier contrôle visant José Mourinho. Dans l’écurie Mendes, c’est la panique. L’agent comprend vite que tous ses joueurs vont être visés. Et Tollin ne va pas tarder à être découverte. L’agent fait appel au cabinet espagnol Senn Ferrero pour assister son avocat historique, Carlos Osorio, l’homme qui a élaboré le montage fiscal.

 

Mendes commence même à remettre en cause les structures élaborées par Osorio. Le super agent a de quoi être inquiet. Ronaldo pèse à lui seul 60 % des recettes de la division sponsoring de son groupe. Un scandale fiscal serait dévastateur. Ce qui démontre au passage l’absurdité de la situation : vu la valeur de l’image de Ronaldo, le mensonge fiscal et ses répercussions auprès des sponsors pourraient lui coûter bien plus cher que les impôts dont il aurait dû s’acquitter…

 

Coup de chance, le contrat entre Ronaldo et Tollin expire fin 2014. Sauf que le moment n’est pas propice à une régularisation. Car le très généreux statut fiscal d’« impatrié » est sur le point de s’arrêter. À partir du 1er janvier 2015, Ronaldo sera taxé au taux normal de 45 % sur l’ensemble de ses revenus. En clair, il n’est plus question de payer 2,7 millions sur cinq ans (ce que Ronaldo avait déjà soigneusement évité de faire), mais de régler à l’avenir, pour des revenus similaires, plus de 30 millions d’euros. Insupportable.

 

Papa Jorge a encore une fois la solution. En moins de deux mois, il réussit à monter une incroyable opération qui permet à Ronaldo de faire d’une pierre deux coups : se débarrasser de Tollin, l’encombrante coquille des îles Vierges où dorment alors les 74,8 millions d’euros récoltés entre 2009 et 2014 ; et continuer à bénéficier à l’avenir du taux d’imposition ultra-réduit qui est sur le point d’être abrogé.

 

Pour cela, il suffit de vendre avant le 31 décembre les droits à l’image de Cristiano Ronaldo pour la période 2015-2020. Reste à trouver un investisseur capable de payer. Cela tombe bien, Jorge Mendes a un ami aux poches profondes : le milliardaire singapourien Peter Lim. Mendes est en affaires avec lui depuis qu’il l’a aidé à racheter le club espagnol de Valence. Peter Lim a même été le témoin du mariage de Mendes. Cristiano Ronaldo le considère comme un « bon ami ». Il accepte tout naturellement de sortir son carnet de chèques.

 

Mais le temps de régler les détails de la vente, la date fatidique du 31 décembre approche dangereusement. Et il y a une tuile : Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers du Real sont au Maroc pour disputer la coupe du monde des clubs. Qu’à cela ne tienne, les équipes de Mendes embauchent en catastrophe un notaire marocain pour rédiger les contrats (en français) et avaliser la vente.

 

Les documents sont signés par Cristiano Ronaldo à Marrakech le 20 décembre. Peter Lim rachète ses droits à l’image jusqu’en 2020 moyennant 74,7 millions d’euros, via deux sociétés offshore immatriculées aux îles Vierges britanniques. La première, Arnel, paie 11,2 millions d’euros pour les droits espagnols ; la seconde, Adifore, débourse 63,5 millions pour ceux du reste du monde. Lim doit verser les fonds à Ronaldo sur son compte numéro 413416, ouvert dans la petite banque privée Mirabaud & Cie à Genève. L'argent arrive le jour du réveillon de Noël, le 24 décembre, juste à temps pour pouvoir figurer sur sa déclaration de revenus 2014. Ronaldo est bien le roi du money time.

 

Il s'agit d'un fabuleux cadeau de Noël. D’abord parce que l’attaquant encaisse tout de suite cinq ans de recettes futures. Surtout, Cristiano Ronaldo ne réglera que 2,7 millions d’euros au fisc espagnol, contre 33,6 millions s’il avait touché normalement ses revenus de sponsoring pour la période 2015-2020. La star du Real a donc économisé 31 millions d’euros d’impôts grâce à une manœuvre manifestement destinée à lui faire profiter d’une ristourne fiscale à laquelle il n’avait plus droit.

 

Dans la foulée, l’équipe de Jorge Mendes fait le ménage. Tollin, la coquille des îles Vierges, est immédiatement dissoute. Il ne reste plus qu’à déclarer les revenus de Ronaldo au titre de l’année 2014. Les documents consultés par l’EIC montrent à ce moment-là la très grande fébrilité des fiscalistes en charge du dossier de Ronaldo.

 

Le 29 juin 2015, veille de la date limite de dépôt de la déclaration, celle-ci ne fait état que des 11,2 millions d'euros reçus d'Arnel pour ses droits d'image espagnols pour les années 2015 à 2020. Ronaldo est prêt à payer des impôts sur cette somme. Mais pas un mot des 11,5 millions d'euros de revenus de marketing espagnols des années 2009 à 2014 versés à Tollin. Le lendemain, ils sont finalement ajoutés, mais aucune explication n’est fournie au fisc sur l’origine des fonds.

 

Les documents Football Leaks montrent en réalité que les fiscalistes du cabinet Senn Ferrero veulent alors absolument cacher au fisc l’existence de Tollin et le montant total de 74,8 millions accumulé par la coquille aux îles Vierges. Selon eux, rien ne doit apparaître à ce sujet dans la déclaration de revenus de Ronaldo.

 

Pourquoi ces cachotteries ? Parce que « Ronaldo aurait dû déclarer l'argent versé à Tollin chaque année à partir de 2009, et pas uniquement en 2014 », indique à l’EIC l'avocat germano-espagnol Rafael Villena, expert dans ce type de montages. En clair, puisqu’il a déclaré ses revenus trop tard (et manifestement par peur d’un contrôle), le fisc aurait pu lui infliger au moins des intérêts de retard et des pénalités pour mauvaise foi. Mais comme on vient de le voir, les avocats de Ronaldo n’ont pas vraiment aidé les inspecteurs à y voir clair.

 

En envoyant la déclaration de revenus, les avocats de Senn Ferrero craignent le pire et ouvrent grand le parapluie. Ils prennent leurs distances avec leur confrère Carlos Osorio, celui qui a élaboré le montage offshore litigieux aux îles Vierges, expliquant qu’ils n’ont participé ni à sa conception ni à sa mise en œuvre, et encore moins à sa surveillance. Les fiscalistes de Senn Ferrero veulent absolument se couvrir, car ils estiment déjà que cette déclaration de revenus aura des conséquences.

 

En effet, en décembre 2015, l’Agencia Tributaria de Madrid lance finalement le contrôle fiscal que tout le monde redoutait. Il porte sur la période 2011-2013. Senn Ferrero se retrouve dans l’obligation de fournir tout un tas de contrats, de clauses et d’accords. Avec un point faible identifié : Tollin. Et quand Senn Ferrero interroge le fiscaliste historique de Mendes, celui-ci esquive. Il ordonne même de ne rien dire au sujet des bénéficiaires de Tollin sans lui en avoir parlé au préalable.

 

Mais Ronaldo est né sous une bonne étoile. Et il est bien entouré. Quand il se blesse en finale de l’Euro après 25 minutes de jeu et qu’il sort du terrain, on croit qu’il va tout perdre. Il triomphe. Quand le fisc espagnol se plonge dans son montage offshore, on croit qu’il va le payer cher. Il s’en sort encore.

 

Grâce au travail de ses avocats, l’Agencia Tributaria a finalement considéré que Tollin n’appartenait pas à Ronaldo. C’est un grand soulagement. Ils se félicitent bruyamment entre eux, bien conscients d’avoir réalisé un exploit. Ce n’était, de fait, pas gagné d’avance : le contrat entre Ronaldo et Tollin stipule noir sur blanc que tout l’argent logé dans la structure lui appartient en propre.

 

Reste la question de la vente des droits à l’image 2015-2020 à Peter Lim, qui a permis à Ronaldo d’éluder 31 millions d’euros d’impôts. Coup de chance, là encore : elle a eu lieu en 2014, l’année qui suit la période 2011-2013 visée par le contrôle fiscal. Pourtant, l’opération inquiète beaucoup l’entourage du joueur. Au point d’être inscrite à l’ordre du jour d’une réunion de crise le 22 octobre 2015 au siège du cabinet Senn Ferrero, deux mois avant le contrôle fiscal de Ronaldo.

 

Ce jour-là, ses avocats estiment qu’un contrôle fiscal est certain au sujet de la vente à Peter Lim. Et ils ne sont pas optimistes. Il faut dire qu’il y a de quoi être inquiet. À propos d’une opération strictement identique, réalisée le même jour par James Rodriguez, un autre poulain de Jorge Mendes (lire notre enquête ici), les avocats parlent d’occultation et d’intention d’évasion fiscale. Concernant Ronaldo, ils veulent à tout prix éviter que le fisc établisse un lien entre la vente de ses droits futurs et la fin du régime d’« impatrié ».

 

Interrogé par l’EIC, Carlos Osorio, l’avocat portugais qui a élaboré le montage aux îles Vierges, « regrette », comme ses confrères espagnols de Senn Ferrero et comme Gestifute, que le consortium s'appuie, dit-il, « sur des documents volés » et « manipulés ». Et plutôt que de défendre la légalité du montage, il préfère s'en démarquer, contre toute évidence : « Je n'ai rien à voir avec la création des structures de droits à l'image pour les personnes mentionnées. Je nie catégoriquement les accusations faites à mon encontre. » Quant aux autres acteurs de l'affaire, ils se sont presque tous réfugiés dans le silence (voir la boîte noire).

 

Pour l’instant, Ronaldo s’en sort bien. Il a été contrôlé par la même inspectrice que José Mourinho. Cette dernière a infligé à l’ancien entraîneur du Real un redressement fiscal de 4,4 millions d’euros pour un montage identique à celui de Tollin. Mais après les révélations de l’EIC, Ronaldo, l’homme qui fait si souvent trembler les filets, aura plus de mal à passer entre les mailles.



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Posté 04 dcembre 2016 - 11:16

Le système Mendes, une machine à blanchir

 

Le célèbre agent portugais Jorge Mendes a mis en place un montage offshored’évasion fiscale d’une ampleur inédite au profit de sept stars du foot qu’il représente, comme le joueur Cristiano Ronaldo, l’entraîneur José Mourinho ou l’attaquant de l’AS Monaco Radamel Falcao. Ce système leur a permis de cacher un total de 188 millions d’euros de revenus au fisc, via l’Irlande, la Suisse, les îles Vierges britanniques et le Panama.

 

C’est un scandale qui va frapper de plein fouet la crème de la crème du foot européen. Les documents Football Leaks, obtenus par le magazine allemand Der Spiegel et analysés par le consortium EIC dont Mediapart fait partie, mettent au jour le plus vaste réseau d’évasion fiscale que l’univers du ballon rond ait jamais connu. Un montage qui a facilité la dissimulation d’au moins 188 millions d’euros de revenus desponsoringvia un réseau de sociétés écrans et de comptes offshore en Irlande, aux îles Vierges britanniques, au Panama et en Suisse. Dont 150 millions pour le seul Cristiano Ronaldo (lire notre enquête ici).

 

La liste des sept bénéficiaires donne le tournis. Il y a donc Ronaldo, meilleur joueur de la planète et superstar du Real Madrid ; José Mourinho, l’un des meilleurs entraîneurs du monde, aujourd’hui à Manchester United ; Radamel Falcao, l’attaquant colombien de l’AS Monaco. On trouve aussi trois internationaux portugais vainqueurs du dernier Euro aux côtés de leur capitaine Cristiano Ronaldo, passés eux aussi par Madrid et/ou l’ASM : Ricardo Carvalho, Fabio Coentrao et Pepe. Et enfin le jeune prodige colombien James Rodriguez, acheté 80 millions d’euros par le Real à Monaco.

 

L’architecte de ce système offshore n’est autre que le plus puissant agent au monde, le Portugais Jorge Mendes, 50 ans. On connaissait son talent pour négocier des transferts à huit chiffres, notamment entre les clubs de la Principauté et de la capitale espagnole, où il est comme chez lui. En coulisses, Mendes aidait aussi ses plus riches clients à échapper à tout prix à l’impôt. Le tout avec la participation financière, si ce n’est la complicité, du plus grand club du monde, le Real Madrid.

 

Mais après avoir prospéré pendant dix ans, le système Mendes est en train d’imploser. Six des sept bénéficiaires font l’objet de contrôles fiscaux en Espagne. Deux d’entre eux ont déjà été sanctionnés par des redressements assortis de pénalités : 4,4 millions d’euros pour José Mourinho, plus de 800 000 euros pour un international portugais. De son côté, Jorge Mendes redoute d’être poursuivi au pénal en tant qu’organisateur. Il y a échappé jusqu’ici. C’est d’ailleurs l’un des points les plus troublants de l’enquête de l’EIC : en dépit des éléments accablants découverts il y a près de deux ans par le fisc madrilène, la justice espagnole n’a toujours pas ouvert d’enquête pénale.

 

Interrogé par l'EIC, le cabinet d'avocats espagnol du Real Madrid Senn Ferrero, qui a tenté d'empêcher la parution de cet article et qui a déposé plainte pour « vol de documents » et « violation du droit à l'intimité », estime de façon générale que « les documents ont pu être manipulés, falsifiés ». Senn Ferrero s'est contenté de donner quelques rares précisions sur les situations de Ronaldo et de Mourinho. Rien, en revanche, sur les autres joueurs évoqués dans l'enquête.

 

Carlos Osorio, l'avocat portugais qui a mis en place l'architecture du montage fiscal, « regrette », comme ses confrères espagnols de Senn Ferrero et comme Gestifute (la société de Jorge Mendes), que le consortium s'appuie, dit-il, « sur des documents volés » et « manipulés ». Il nie toute responsabilité : « Je n'ai rien à voir avec la création des structures de droits à l'image pour les personnes mentionnées. Je nie catégoriquement les accusations faites à mon encontre. » Quant aux autres acteurs de l'affaire, ils se sont presque tous réfugiés dans le silence (voir notre boîte noire).

Ronaldo et les autres ne trichent pas sur leur salaire, trop facilement vérifiable par le fisc, quand il n’est pas taxé à la source. La combine porte sur les droits à l’image, ces revenus versés par des sponsors comme Nike et Adidas, et par les clubs eux-mêmes. La pratique est interdite en France, mais courante à l’étranger : les clubs versent à leurs joueurs des bonus sous forme de droits à l’image, moins lourdement taxés. Dernier avantage : ce sont des honoraires, qui peuvent être encaissés par une société. Il suffit ensuite de savoir la dissimuler.

 

À l’origine, le système Mendes a été créé pour l’entraîneur portugais José Mourinho. À l’été 2004, le super agent met en place, via son groupe Gestifute, un montage redoutablement efficace, qui servira par la suite à tous ses autres clients. Il en confie la réalisation à deux hommes de confiance : son avocat portugais, Carlos Osorio de Castro, et son créateur de coquilles offshore, l’Irlandais Andrew Patrick Quinn, surnommé« Andy ». Véritable tour de contrôle du système, ce comptable et fiscaliste cumule son job d’associé gérant du cabinet de services financiers Moore Stephens Nathans (à Dublin) et celui de directeur général de Gestifute International, l’une des principales sociétés du groupe Mendes.

 

Pas question d’effrayer les clubs et les sponsors en facturant les droits des joueurs dans un paradis fiscal trop sulfureux. D’où l’idée de passer par un sas en Irlande, pays européen présentable, où l’impôt sur les sociétés n’est que de 12,5 %.

 

Tout commence le 4 février 2004. Ce jour-là, Andy Quinn crée la société Multisports Image & Management (MIM), immatriculée au siège de son cabinet à Dublin, et dont il est aujourd’hui l’unique actionnaire. Il s’agit d’une pure coquille vide, sans aucun salarié, dont le seul but est de collecter de l’argent.

 

Un an plus tard, Quinn crée Polaris Sports. C’est une agence de gestion des droits à l’image, chargée de négocier les contrats avec les sponsors. Elle est détenue à 62,5 % par Mendes et à 32,5 % par son neveu et collaborateur Luis Correia, qui en est aussi le directeur général. Les sept salariés de la société sont basés au siège de Lisbonne, qui est officiellement une « succursale ». Pour des raisons fiscales, Polaris est elle aussi immatriculée à Dublin, à la même adresse que MIM, bien qu’elle n’y ait aucune activité.

 

Peu après son arrivée à Chelsea, José Mourinho crée à son tour aux îles Vierges britanniques une société baptisée Koper Services. Une compagnie en forme de boîte aux lettres immatriculée sur l'île de Tortola, à Road Town, dans un petit immeuble sans luxe baptisé Vanterpool Plaza. Au rez-de-chaussée, il y a la pharmacie de Mme Vanterpool. Au premier étage se trouve une société de domiciliation qui héberge des centaines d’entreprises fantômes. Mourinho transfère ses droits à l’image à Koper, qui en délègue l’exploitation aux sociétés irlandaises MIM et Polaris.

 

Tout est désormais en place. Au fil de sa carrière, les clubs et les sponsors ont réglé les droits à l’image de Mourinho à MIM, qui en garde 6 % – la commission d’Andy Quinn. MIM reverse ensuite 20 % de commission à Polaris, l’agence de Mendes et de son neveu. MIM expédie ensuite le solde sur le compte suisse de Koper à la St.Galler Kantonalbank, une petite banque suisse du canton de Saint-Gall. L’établissement est très couru : plusieurs joueurs de l’écurie Mendes, dont Ronaldo, y ont eux aussi ouvert un compte.

 

Au fil de sa carrière à Chelsea, à l’Inter Milan, au Real Madrid et aujourd’hui à Manchester United, Mourinho a accumulé 12 millions d’euros sur le compte de Koper en Suisse, dont il n’a pas déclaré le moindre cent aux administrations fiscales des pays où il a résidé.

 

Le système est si efficace qu’il aurait été dommage de ne pas en faire profiter les autres stars de l’écurie Mendes. Ainsi, lorsque Mourinho est parti à Chelsea à l’été 2004, il emmène dans ses bagages l’international portugais Ricardo Carvalho. À peine arrivé à Londres, le défenseur crée à son tour sa société offshore aux îles Vierges, Alda Ventures, elle aussi immatriculée au-dessus de la pharmacie Vanterpool, comme le sera plus tard la coquille de Cristiano Ronaldo. L’argent transite à nouveau par MIM en Irlande, qui en reverse les trois quarts à Alda Ventures.

 

Les autres joueurs rejoignent progressivement le club des adeptes de l’imposition zéro, pour la plupart à l’occasion de leur transfert au Real Madrid organisé par Jorge Mendes. Le Portugais Pepe crée ainsi sa société aux îles Vierges en 2007 (Weltex), Cristiano Ronaldo en 2008 (Tollin), et Fabio Coentrao trois ans plus tard. C’est le seul de l’équipe dont la société, baptisée Rodinn, est immatriculée au Panama.

 

Le Colombien Radamel Falcao a quant à lui intégré le système à l’été 2011 après son arrivée dans la capitale espagnole, mais au club rival de l’Atlético. Lui aussi crée pour l’occasion sa société aux îles Vierges, Fardey Overseas. Pendant ses deux années à Madrid, Fardey a encaissé 1,3 million d’euros, versés via les sociétés irlandaises du système Mendes, par Samsung, l’équipementier Puma, les montres Hublot ou la société de jeux vidéo Gameloft.

 

Le business de Falcao s’est poursuivi depuis 2013, au fil des pérégrinations de l’attaquant à Monaco, Manchester United, Chelsea, puis de nouveau sur le Rocher depuis la rentrée 2016. Au début de l’année 2016, il y avait la bagatelle de 5,86 millions d’euros sur les deux comptes suisses de Fardey à la St.Galler Kantonalbank. Falcao détient aussi, en tant que personne physique, 2,2 millions de dollars sur un compte à Miami et 8,5 millions d’euros sur son compte à Monaco, sans compter les avoirs de son trust en Colombie.

 

Le dernier arrivé dans le business, James Rodriguez, mérite qu’on s’y arrête. À l’été 2014, Jorge Mendes transfère l’attaquant colombien, âgé de 23 ans, de Monaco au Real Madrid pour la somme stratosphérique de 80 millions d’euros. Puisqu’il a passé la moitié de l’année sur le Rocher, Rodriguez est considéré pour 2014 comme un« non résident » par le fisc espagnol, avec à la clé un taux d’imposition de seulement 4 % sur ses droits à l’image. C’est cadeau. Mais dès l’année suivante, Rodriguez sera taxé plein pot, à 45 %. Insupportable.

 

Heureusement, Jorge Mendes est là. Il se trouve qu’il est justement en train d’élaborer un montage pour éviter ce supplice fiscal à sa superstar Cristiano Ronaldo. Il en fait aussi bénéficier Rodriguez. Les contrats sont signés dans l’urgence le 20 décembre 2014 à Marrakech, où le Real disputait un tournoi, soit douze jours avant le changement de régime fiscal.

 

Dans le cas de James Rodriguez, Mendes rachète pour 12 millions d’euros les droits à l’image de son joueur pour la période 2015-2020 par l’intermédiaire d’une société des îles Vierges baptisée Kenalton. Cette dernière vire l’argent dans la foulée au joueur sur son compte suisse à la St.Galler Kantonalbank – encore elle – juste à temps pour que la somme puisse être inscrite dans sa déclaration d’impôts 2014. Résultat : Rodriguez a payé seulement 445 500 euros au fisc espagnol, au lieu de 5,4 millions, soit 5 millions d’économie. Lors d’une réunion du 22 octobre 2015, ses propres avocats estiment qu’il y avait une intention d’évasion fiscale.

 

Le tour d’horizon ne serait pas complet sans examiner le rôle spécifique du Real Madrid, par lequel sont passées toutes les vedettes (sauf Falcao) adeptes de l’optimisation fiscale à la sauce Mendes. Le club madrilène leur a versé des fortunes en bonus sous forme de droits à l’image (dont au moins 14 millions d’euros pour Ronaldo et 8 millions pour Mourinho), via la société irlandaise MIM, pilotée par le fiscaliste de Jorge Mendes.

Certes, le Real ne pouvait pas savoir que l’argent atterrissait in fine sur des comptes suisses détenus par des sociétés offshore. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que le club s’est montré fort peu regardant. Pourquoi a-t-il accepté de verser les primes de son entraîneur et de cinq joueurs à la même société irlandaise, alors que les bénéficiaires étaient tous résidents fiscaux en Espagne ? Une simple recherche au registre du commerce aurait permis au Real de s’apercevoir que MIM est une coquille vide immatriculée à l’adresse d’un cabinet fiduciaire. Interrogé par l'EIC, le Real n'a pas répondu à ces questions sur le fond. Et s'est contenté d'affirmer avoir respecté toutes les obligations fiscales.

 

La valse des millions aurait pu ainsi continuer longtemps si le fisc espagnol n’avait pas lancé en 2014 le « programme 12 500 », également surnommé « sportifs », visant à contrôler les footballeurs. Résultat : entre septembre 2014 et décembre 2015, six des sept stars du système Mendes font l’objet, tour à tour, d’un contrôle fiscal portant sur leurs revenus de la période 2011-2013. Dans le cas du joueur de Monaco, Radamel Falcao, ses avocats estiment que l’enquête fiscale va avoir de sérieuses conséquences pour lui. Seul James Rodriguez, attaquant du Real, a été pour l’heure épargné, car son opération fiscale a eu lieu en 2014.

 

Au siège de Gestifute, c’est la panique. Jorge Mendes appelle à l’aide le cabinet d’avocats espagnol Senn Ferrero, dirigé par Julio Senn, un ancien directeur général du Real Madrid. Lorsqu’il découvre les montages offshore élaborés par son confrère portugais Carlos Osorio et le comptable irlandais Andy Quinn, Julio Senn tombe des nues. Il reproche à Quinn d’avoir conçu un montage très problématique pour les joueurs au regard de la loi espagnole. Concernant l’international portugais Fabio Coentrao et sa société aux îles Vierges, Julio Senn est encore plus sûr de lui : le montage viole ouvertement les règles fiscales. Les avocats du cabinet Senn Ferrero sont même terrifiés à l’idée que la presse puisse s’emparer du dossier, d’après les informations de l’EIC

 

La tension monte encore d’un cran le 7 octobre 2015. Carlos Osorio, l’avocat historique de Mendes qui a élaboré tous les montages offshore, en veut à Julio Senn au sujet de l’inspection de l’un de ses joueurs. Il lui reproche de ne pas l’avoir prévenu du caractère problématique des montages utilisés avant d’avoir envoyé les documents au fisc. L’avocat espagnol Julio Senn rétorque que s’il devait cacher des informations aux inspecteurs du fisc, cela serait interprété comme une attitude malveillante, dont les conséquences seraient terribles. L’avocat sait qu’il a intérêt à s’exonérer de toute responsabilité personnelle au regard des montages mis en place.

 

Carlos Osorio n’a de son côté aucun scrupule. Il explique à Julio Senn que, pour lui, la question n’était pas de transmettre des documents au fisc, mais de les modifier avant de les envoyer. L’avocat historique de Mendes aurait-il voulu fabriquer des faux ? La question se pose et une explication virile s’ensuit entre les deux hommes.

 

Le 22 octobre 2015, une réunion de crise est organisée avec les hommes de Jorge Mendes au siège du cabinet Senn Ferrero à Madrid. Au menu : un point sur les inspections qui frappent les joueurs, le délit fiscal qui pourrait être reproché au joueur Fabio Coentrao ou encore le meilleur moyen de rapatrier les structures offshore en Espagne ou au Portugal en limitant le plus possible les impôts à payer.

 

Lors de cette réunion, à laquelle participent de nombreuses personnes, il est même question de « la campagne du fisc contre Jorge [Mendes – ndlr] ». Ses conseils expliquent qu’il risque d’être considéré comme un « coopérateur nécessaire », c’est-à-dire, selon le code pénal espagnol, comme un possible complice des montages frauduleux utilisés par ses joueurs. En clair, le super agent portugais pourrait être poursuivi pour blanchiment de fraude fiscale.

 

Mendes a d’ailleurs lui-même bénéficié directement du montage mis en place, puisque l’agence irlandaise Polaris, qu’il contrôle avec son neveu, touche 20 % de commissions sur les droits à l’image des sept joueurs de son écurie. Entre 2009 et 2014, cela a représenté, selon les calculs de l’EIC, environ 30 millions d’euros de chiffre d’affaires. Certes, Polaris en reverse la moitié à son partenaire, l’agence américaine de représentation de célébrités CAA. Mais Polaris reste une vache à lait : rien qu’en 2014, l’agence a engrangé 4 millions d’euros de recettes pour 2,3 millions de profit opérationnel, soit une marge bénéficiaire de 60 %.

 

Pourtant, Jorge Mendes n’a, à notre connaissance, toujours pas été inquiété. Ce qui est pour le moins étonnant. Les documents Football Leaks montrent clairement que les inspecteurs de l’Agencia Tributaria de Madrid ont pu constater qu’il y avait, pour tous les joueurs, les mêmes sociétés irlandaises, les mêmes coquilles aux îles Vierges, les mêmes comptes en Suisse. Bref, le fisc a parfaitement compris qu’il s’agit d’un système organisé. Pourquoi la justice espagnole n’a-t-elle pas ouvert d’enquête ? L'EIC n'a pas obtenu de réponse à cette question.

 

Le fisc espagnol a pour sa part sanctionné deux membres du système Mendes : l’entraîneur José Mourinho a dû s’acquitter d’un redressement de 4,4 millions d’euros, tandis qu’un international portugais a dû régler plus de 800 000 euros. Les documentsFootball Leaks ne disent pas comment se sont terminées les inspections des quatre autres joueurs, dont Cristiano Ronaldo. Pour ce dernier, le cabinet Senn Ferrero a expliqué à l'EIC que l'inspection était toujours en cours.

 

Ces contrôles fiscaux auront au moins eu le mérite de ramener certains joueurs du système Mendès à la raison. L’attaquant de l’AS Monaco Radamel Falcao, par exemple. Lorsque l’AS Monaco l’a prêté à Manchester United puis à Chelsea entre l’été 2014 et l’été 2016, le joueur colombien s’est écarté du système Mendes concernant les bonus de droits à l’image versés par les clubs (670 000 euros pour son année à Manchester).

 

Pendant son passage en Angleterre, Falcao a ainsi préféré encaisser l’argent sur le compte d’une société locale créée pour l’occasion, se résignant alors à payer 20 % d’impôts. Les esprits chagrins diront que 20 %, c’est deux fois moins que le taux maximum de l’impôt sur le revenu applicable au commun des mortels. Mais c’est ainsi chez les footballeurs : même s’ils sont riches à millions, s’acquitter de l’impôt semble toujours être une souffrance.



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Posté 04 dcembre 2016 - 11:24

Mourinho, îles Vierges et paradis fiscaux en cascade

 

L’entraîneur vedette de Manchester United, double vainqueur de la Ligue des champions, a caché 12 millions d’euros en Suisse au travers d’une société offshorequ’il contrôlait via un trust néo-zélandais. Des documents Football Leaksmontrent que Mourinho a dissimulé des informations au fisc. Ce qui pourrait lui valoir des poursuites pénales.

 

Il ne faut jamais traîner dans les forêts autrichiennes. Demandez à José Mourinho : c'est là qu'il était occupé à préparer ses superstars de Chelsea pour la nouvelle saison quand la lettre du fisc espagnol est arrivée, le 23 juillet 2014, chez ses avocats. Le courrier de l'Agencia Tributaria de Madrid n'annonçait rien de bon : une enquête sur ses impôts lorsqu'il entraînait le Real Madrid, entre 2010 et 2013.

 

Surnommé le « Special One », le fringant Portugais savait que tout cela pouvait mener loin, des îles Vierges britanniques en Nouvelle-Zélande, jusqu'à la cache inviolée de son magot secret : un compte en Suisse (Banque cantonale de Saint-Gall), où prospéraient en toute discrétion 12 millions d'euros, qu’il avait oublié de déclarer aux impôts. Comme un joueur qui ferait une main dans la surface de réparation sans que l'arbitre ne le voie.

 

Seulement voilà, l’arbitre fiscal madrilène l’a vu. Il lui a infligé un redressement de 4,4 millions d’euros, pénalités comprises. Au grand soulagement de ses avocats, qui craignaient que leur client ne se retrouve en plus devant la justice pénale et écope d’une peine de prison. C’est une évidence : Mourinho se sent mieux à Manchester United, où il est arrivé à l’été 2016, recrutant dans la foulée le joueur le plus cher du monde, le milieu international français Paul Pogba, pour 105 millions d’euros.

 

Durant exactement dix ans, le système offshore s’était montré d’une redoutable efficacité. Il avait justement été mis en place pour Mourinho en 2004 par son agent Jorge Mendes, qui l’a ensuite étendu à ses plus riches poulains comme Cristiano Ronaldo. L’argent gagnait le paisible canton de Saint-Gall via les sociétés de Mendes en Irlande, pour arriver sur des comptes détenus par des sociétés offshore immatriculées aux îles Vierges britanniques. C’est ce que révèlent les documents Football Leaks analysés par le consortium de journalistes d’investigation EIC, dont Mediapart fait partie (lire nos premières révélations ici).

 

Les documents Football Leaks montrent même que Mourinho est allé encore plus loin que ses illustres camarades du système Mendes en matière de sophistication pour cacher l’argent. Selon le bon vieux principe des poupées gigognes, sa coquille aux îles Vierges, baptisée Koper Services, était détenue par un trust en Nouvelle-Zélande, administré par des prête-noms qui cachaient l’entraîneur et sa famille. Surtout, l’enquête de l’EIC et de Mediapart révèle que ses comptables et avocats ont dissimulé des informations au fisc pour faire croire que sa société – en fait, une coquille vide – avait une activité réelle et devait payer d'importantes dépenses minimisant ses impôts.

 

Cette tactique a atteint son but à la fois dans l'enquête espagnole et lors de celle menée en 2010 par le fisc anglais sur les revenus de son premier passage à Chelsea (2004-2007). Chaque fois, Mourinho a conclu des accords négociés, payant pour ses revenus non déclarés mais évitant des poursuites pénales. Cela lui a aussi permis de rester discret sur ces accrocs.

 

Grâce à (ou à cause de) Football Leaks, les inspecteurs du fisc vont peut-être devoir se remettre au travail dans les deux pays. Après avoir étudié les documents en possession de l’EIC, Albert Sanchez-Graells, spécialiste du droit espagnol à l'université de Bristol, n’a pas le moindre doute : « Une enquête pénale pour fraude fiscale doit être lancée contre José Mourinho en Grande-Bretagne et en Espagne », assure-t-il à l’EIC. Selon lui, les documents « suggèrent que son équipe a délibérément trompé deux enquêtes fiscales sur ses montages offshore destinés à dissimuler des millions aux autorités ».

 

Interrogé par l'EIC, le cabinet d'avocats Senn Ferrero, qui défend les intérêts de l'entraîneur, n'a pu que confirmer le redressement de Mourinho et les montants découverts par l'EIC. Il s'est en revanche bien gardé de répondre sur le reste : le montage, la dissimulation, les mensonges.

 

 

 

 

Mais le Her Majesty Revenues and Customs (HMRC), le fisc de sa gracieuse Majesté, se montre clément. Alors qu’il aurait normalement dû être taxé à 40 %, il ne l’a été qu’à 19 %, soit 288 300 livres, économisant 300 000 livres. Et il n’a payé aucune amende pour absence de déclaration, alors qu’il n’avait rien dit durant quatre ans.

 

Comment est-ce possible ? En prétendant que Koper avait des frais importants, déductibles des impôts, alors même qu’il s’agissait en réalité d’une coquille vide simplement destinée à héberger le magot. C’est ce que montrent clairement les documents Football Leaks, auxquels les agents de sa majesté n'ont malheureusement pas eu accès – du moins, pas encore. Mais l'enquête espagnole prouvera par la suite que le million d'euros de frais allégués a été en grande partie gonflé artificiellement.

 

Vu ce très bon deal signé début 2010 avec le fisc anglais, Mourinho continue à toucher le gros lot sur le compte suisse de Koper, comme si de rien n’était. Il entraîne alors l'Inter de Milan, avec lequel il gagne la Ligue des champions. Puis il se retrouve au Real, où il reçoit 2,3 millions d'euros par an en droits à l'image. Après le titre espagnol gagné en 2012, attendu depuis quatre ans par le Real, il a droit à sa petite augmentation : 18 millions d'euros de salaire par an, plus un bonus de droits à l'image de 3,17 millions.

 

Il ne faut jamais traîner dans les forêts autrichiennes. Demandez à José Mourinho : c'est là qu'il était occupé à préparer ses superstars de Chelsea pour la nouvelle saison quand la lettre du fisc espagnol est arrivée, le 23 juillet 2014, chez ses avocats. Le courrier de l'Agencia Tributaria de Madrid n'annonçait rien de bon : une enquête sur ses impôts lorsqu'il entraînait le Real Madrid, entre 2010 et 2013.

 

Surnommé le « Special One », le fringant Portugais savait que tout cela pouvait mener loin, des îles Vierges britanniques en Nouvelle-Zélande, jusqu'à la cache inviolée de son magot secret : un compte en Suisse (Banque cantonale de Saint-Gall), où prospéraient en toute discrétion 12 millions d'euros, qu’il avait oublié de déclarer aux impôts. Comme un joueur qui ferait une main dans la surface de réparation sans que l'arbitre ne le voie.

 

Seulement voilà, l’arbitre fiscal madrilène l’a vu. Il lui a infligé un redressement de 4,4 millions d’euros, pénalités comprises. Au grand soulagement de ses avocats, qui craignaient que leur client ne se retrouve en plus devant la justice pénale et écope d’une peine de prison. C’est une évidence : Mourinho se sent mieux à Manchester United, où il est arrivé à l’été 2016, recrutant dans la foulée le joueur le plus cher du monde, le milieu international français Paul Pogba, pour 105 millions d’euros.

 

Durant exactement dix ans, le système offshore s’était montré d’une redoutable efficacité. Il avait justement été mis en place pour Mourinho en 2004 par son agent Jorge Mendes, qui l’a ensuite étendu à ses plus riches poulains comme Cristiano Ronaldo. L’argent gagnait le paisible canton de Saint-Gall via les sociétés de Mendes en Irlande, pour arriver sur des comptes détenus par des sociétés offshore immatriculées aux îles Vierges britanniques. C’est ce que révèlent les documents Football Leaks analysés par le consortium de journalistes d’investigation EIC, dont Mediapart fait partie (lire nos premières révélations ici).

 

Les documents Football Leaks montrent même que Mourinho est allé encore plus loin que ses illustres camarades du système Mendes en matière de sophistication pour cacher l’argent. Selon le bon vieux principe des poupées gigognes, sa coquille aux îles Vierges, baptisée Koper Services, était détenue par un trust en Nouvelle-Zélande, administré par des prête-noms qui cachaient l’entraîneur et sa famille. Surtout, l’enquête de l’EIC et de Mediapart révèle que ses comptables et avocats ont dissimulé des informations au fisc pour faire croire que sa société – en fait, une coquille vide – avait une activité réelle et devait payer d'importantes dépenses minimisant ses impôts.

 

Cette tactique a atteint son but à la fois dans l'enquête espagnole et lors de celle menée en 2010 par le fisc anglais sur les revenus de son premier passage à Chelsea (2004-2007). Chaque fois, Mourinho a conclu des accords négociés, payant pour ses revenus non déclarés mais évitant des poursuites pénales. Cela lui a aussi permis de rester discret sur ces accrocs.

 

Grâce à (ou à cause de) Football Leaks, les inspecteurs du fisc vont peut-être devoir se remettre au travail dans les deux pays. Après avoir étudié les documents en possession de l’EIC, Albert Sanchez-Graells, spécialiste du droit espagnol à l'université de Bristol, n’a pas le moindre doute : « Une enquête pénale pour fraude fiscale doit être lancée contre José Mourinho en Grande-Bretagne et en Espagne », assure-t-il à l’EIC. Selon lui, les documents « suggèrent que son équipe a délibérément trompé deux enquêtes fiscales sur ses montages offshore destinés à dissimuler des millions aux autorités ».

 

Interrogé par l'EIC, le cabinet d'avocats Senn Ferrero, qui défend les intérêts de l'entraîneur, n'a pu que confirmer le redressement de Mourinho et les montants découverts par l'EIC. Il s'est en revanche bien gardé de répondre sur le reste : le montage, la dissimulation, les mensonges.

 


Fils de footballeur mais pas trop doué pour la chose lui-même, José Mourinho, 53 ans, a discrètement débuté comme traducteur dans un club avant de gravir les échelons, apprenant auprès des plus grands comme Bobby Robson au Sporting Lisbonne ou Louis Van Gaal à Barcelone. C'était alors un homme effacé, mais dont les analyses tactiques étaient appréciées. C'est pour cela que Robson l’a pris dans ses bagages à Barcelone. Puis le« Mou » – surnom de Mourinho – s'est lancé avec le FC Porto pour devenir l’un des entraîneurs les plus efficaces du monde, passé maître dans l'art de la stratégie (souvent défensive) et la motivation de ses joueurs. Une grande gueule à son paroxysme, jamais meilleur que quand il faut appliquer la stratégie du « nous contre le reste du monde » avec une équipe inférieure, où la rage de prouver le contraire fait exploser les adversaires.

Cet homme qui aime qu'on le déteste a été champion dans tous les pays où il a officié. Au Portugal avec Porto (2003 et 2004), en Angleterre avec Chelsea (2005 et 2006), en Italie avec l'Inter Milan (2009 et 2010), en Espagne avec le Real Madrid (2012). Il a gagné deux fois la Ligue des champions, avec Porto en 2004 – victoire incroyable d'un petit Poucet face aux monstres du foot-business –, puis avec les vieux grognards de l'Inter de Milan de 2010, battant au passage le meilleur club du monde, Barcelone.

 

Bad boy impeccablement sapé, il est attendu pour ses bons mots, en général des vacheries sur ses adversaires, car Mourinho pratique le scud psychologique. L'homme a une très haute opinion de lui-même et adore le faire savoir.

 

C'est ainsi que les millions se sont accumulés. Il fut un temps le coach le mieux payé du monde mais son ennemi préféré, Pep Guardiola, l'a dépassé à Manchester City. À Chelsea, en 2004/2005, il attaque à 6 millions d'euros annuels, puis obtient 1,2 million d'augmentation pour avoir gagné, dès sa première année, un titre qui échappait au club londonien depuis un demi-siècle. Quand il débarque à l'Inter Milan en 2009, il émarge à 17,63 millions d'euros annuels, le double de ce qui a été annoncé à l'époque. Au Real Madrid ensuite, il touche 14,9 millions d'euros. Ainsi, avant son deal actuel avec Manchester United (46,5 millions d'euros sur trois ans), il a accumulé 140 millions d'euros de salaires.

Les esprits attentifs auront noté que Mourinho a malencontreusement subi une petite baisse de salaire entre Milan et Madrid. Pas d'inquiétude, car le club madrilène lui a octroyé un superbonus de 2,3 millions d'euros en droits à l'image. Des versements largement artificiels, calibrés pour distribuer des primes beaucoup moins taxées, et encaissables dans une société créée à cet effet. C’est justement le pactole de ses droits à l’image, versés par ses clubs et ses sponsors, que Mourinho n’a jamais déclaré au fisc.

 

Pour le « Special One », le voyage financier sous les cocotiers a débuté en 2004, lorsque Chelsea commence à lui verser son premier gros bonus en droits à l’image (1,5 million de livres sur trois ans). C’est alors qu’il crée sa coquille aux îles Vierges britanniques, Koper Services. L’argent transite d’abord par MIM et Polaris, les sociétés-taxis de l’agent Jorge Mendes, immatriculées en Irlande pour ne pas effrayer les clubs et les sponsors.

Mourinho est sanctionné une première fois par le fisc britannique, qui s’est plongé dans ses revenus 2004-2008. Dans l'accord que Mourinho a signé en février 2010 pour clore l'enquête, il reconnaît que les sommes impayées « résultent entièrement ou en partie de[son] incapacité à respecter les prescriptions de la réglementation fiscale ».

 

Mais le Her Majesty Revenues and Customs (HMRC), le fisc de sa gracieuse Majesté, se montre clément. Alors qu’il aurait normalement dû être taxé à 40 %, il ne l’a été qu’à 19 %, soit 288 300 livres, économisant 300 000 livres. Et il n’a payé aucune amende pour absence de déclaration, alors qu’il n’avait rien dit durant quatre ans.

 

Comment est-ce possible ? En prétendant que Koper avait des frais importants, déductibles des impôts, alors même qu’il s’agissait en réalité d’une coquille vide simplement destinée à héberger le magot. C’est ce que montrent clairement les documents Football Leaks, auxquels les agents de sa majesté n'ont malheureusement pas eu accès – du moins, pas encore. Mais l'enquête espagnole prouvera par la suite que le million d'euros de frais allégués a été en grande partie gonflé artificiellement.

 

Vu ce très bon deal signé début 2010 avec le fisc anglais, Mourinho continue à toucher le gros lot sur le compte suisse de Koper, comme si de rien n’était. Il entraîne alors l'Inter de Milan, avec lequel il gagne la Ligue des champions. Puis il se retrouve au Real, où il reçoit 2,3 millions d'euros par an en droits à l'image. Après le titre espagnol gagné en 2012, attendu depuis quatre ans par le Real, il a droit à sa petite augmentation : 18 millions d'euros de salaire par an, plus un bonus de droits à l'image de 3,17 millions.

 

Mourinho ne paye pas d'impôt sur ses droits à l’image. Forcément, il ne les déclare pas. Durant sept ans, l'argent s'accumule ainsi sur le compte de Koper aux îles Vierges. Il atteint les 12 millions d'euros quand arrive la lettre du fisc espagnol, dont le potentiel destructeur est énorme pour tous les clients de Jorge Mendes qui risquent, eux aussi, d'être découverts.

 

L'agent embauche alors un ami pour voler au secours de son écurie : l’avocat Julio Senn, ancien directeur général du Real Madrid et fondateur du cabinet madrilène Senn Ferrero. Senn a conversé avec les banquiers suisses chargés du compte de Mourinho : l'affaire leur fiche une trouille pas possible. L’avocat redoute que les sociétés irlandaises du système Mendes soient considérées par les inspecteurs du fisc comme un moyen illicite offert aux footballeurs pour éviter de payer des impôts.

 

Julio Senn découvre l'ampleur du montage auprès d’Andy Quinn, le comptable et fournisseur offshore de Jorge Mendes à Dublin, qui a mis en place les sociétés de collecte en Irlande. Ses relations deviennent vite difficiles avec Carlos Osorio, l'avocat historique de Mendes, celui qui, avec Quinn (le comptable), a élaboré tout le système, même s'il le conteste – il a assuré à l'EIC ne pas exercer dans le domaine fiscal.

 

Les inspecteurs du fisc espagnol se posent une question toute simple. José Mourinho a-t-il payé des taxes sur son droit à l'image dans un quelconque pays entre 2010 et 2013 ? D’après les informations de l’EIC, Julio Senn est persuadé que non, mais il a besoin d’en avoir la confirmation auprès de son confrère Carlos Osorio, l’homme qui sait tout.

 

Senn est également aidé dans sa tâche par un expert fiscal, l'avocat Diego Rodriguez, du cabinet Garrigues. Celui-ci découvre une situation catastrophique, ce qui l’incite à réclamer que la facture de son avance d’honoraires (20 000 euros) soit rapidement honorée par Mendes et Mourinho avant que la situation ne dégénère – ce qui est inévitable, selon lui. Senn redoute que tout dégénère lorsque Mourinho découvrira la gravité de sa situation fiscale.

 

D’après l’enquête de l’EIC, l’avocat Rodriguez a exprimé de vives réserves lorsque le montage a été élaboré. Il se plaint d’avoir été ignoré par ses confrères, mais il garde espoir d'éviter une procédure pénale. Vu que Mourinho est prêt à payer le fisc, il espère que cela empêchera les inspecteurs du fisc de transmettre le dossier au procureur. Il s’agirait d’une première victoire.

 

Mais Rodriguez sait qu’il faudra payer et il fait tout pour limiter le montant de l’amende, qu’il juge certaine. Une guerre de positions s’ouvre alors entre les avocats de Mourinho. Ceux du cabinet Senn pensent qu’il y aurait tout à perdre à engager un conflit avec le fisc comme le prône Osorio (l’avocat historique de Mendes, très impliqué dans les montages en cause dont profite Mourinho, ce qu'il dément), car il est perdu d'avance et qu’il aura des conséquences médiatiques considérables.

 

Les avocats espèrent se référer à l'enquête britannique, mais Quinn, le comptable irlandais au cœur du montage, le déconseille, expliquant que le fisc anglais a déjà considéré les droits à l'image comme des salaires déguisés, et les a imposés. Il ne faudrait donc pas donner la même idée au fisc espagnol… Surtout, produire le contrôle anglais montrerait aux agents du fisc madrilène que Mourinho a déjà été sanctionné pour le même montage, et qu'il a continué en tout connaissance de cause.

 

L'angoisse monte d'un cran quand les avocats se rendent compte du caractère virtuel de la société Koper. En théorie, Mourinho a cédé ses droits à l'image à Koper, qui les exploite de façon autonome. Mais dans ce cas, comment est-il rétribué ? Rien n'est stipulé dans le contrat signé entre Koper et Mourinho en 2004. Or, si la société était vraiment une entité indépendante, le coach n'aurait pas cédé ses droits gratuitement.

 

Autre écueil : comment prétendre que Koper a une activité ? Senn demande à Andy Quinn (le comptable) s’il y a vraiment des employés dans la société domiciliée aux îles Vierges ou du matériel pour développer une quelconque activité. À son grand malheur, le comptable irlandais confirme que Koper n’est qu’une coquille vide.

 

Partie perdue ? Pas du tout. Les avocats de Mourinho trouvent la parade. Ils prétendent que Koper a bien une activité et qu'elle la facture sous forme de commissions au coach ombrageux. Ces commissions deviendraient alors par un savant jeu d’écritures comptables des frais donnant droit à un abattement fiscal, comme le fisc britannique l'a admis. Sauf qu’il s’agit d’une construction artificielle destinée à tromper le fisc espagnol.

En octobre 2014, Senn fait les comptes de l’argent logé dans Koper : au 31 décembre 2013, le bilan indique que la structure doit 11 979 657 euros à Mourinho. Le brouillon des comptes établi par Quinn au début de l'enquête fiscale espagnole ne fait mention d'aucuns frais, d’après les documents Football Leaks. Qu'importe : les avocats inventent le coup du sombrero fiscal. Le document qu'ils remettent finalement au fisc fait brusquement apparaître une colonne baptisée « commission Koper ». Tous les paiements à Koper sont désormais frappés de frais miraculeux de 13,99 %, soit 1,49 million d'euros.

 

Mais il reste un problème, de taille : les comptes en banque de la société ne mentionnent pas ces commissions. Et comment une société sans activité pourrait-elle avoir tant de frais ? Heureusement pour Mourinho, ces questions n'effleurent pas le fisc espagnol, qui a été trompé en deux temps. Primo, l'avocat Julio Senn prend le risque de se servir de l'enquête britannique.

Secundo, à l'appui de son revirement, l’avocat produit un contrat très curieux, passé le 23 juin 2015 entre Koper et Mourinho. Ce document extraordinaire prétend entériner, a posteriori, un accord verbal de 2010 permettant à Koper de facturer des frais à Mourinho. C'est l'expert fiscal Rodriguez qui a eu l'idée d'insérer le terme « verbal » et de prétendre que l'accord date du 1er décembre 2010. Soit pile le premier jour de la période visée par l'enquête fiscale espagnole. Pour des faits comparables (un simple accord verbal), Michel Platini, l’ancien président de l’UEFA, a été sanctionné par la FIFA…

 

Mais au fait, à qui appartient vraiment Koper ? Si son propriétaire s'appelle Mourinho, pourquoi se payerait-il des frais à lui-même ? Là encore, le fisc espagnol n'y a vu que du feu. Les actionnaires de Koper aux îles Vierges sont des cabinets fiduciaires locaux qui servent d’actionnaires de paille. Le vrai propriétaire est « un trust irrévocable »enregistré en Nouvelle-Zélande, le Kaitaia Trust, lui aussi administré par un fournisseur de services offshore.

 

Forts de ce double rideau défensif de prête-noms, les avocats n’hésitent pas à fournir un document attestant que Mourinho « n'est pas un actionnaire direct ou indirect » de Koper. Ils espèrent que, par chance, le fisc s’en contentera.

 

Et la chance est au rendez-vous. En juillet 2015, le fisc espagnol accepte les 13,99 % de frais pour Koper, ce qui permet de déduire 1 million d'euros de revenus. Mourinho doit une pénalité de 1,146 million d'euros sur ses droits à l'image, plus 3,3 millions d'euros de retards d'impôt.

Dans la réponse que le cabinet Senn Ferrero a adressée à l'EIC, les avocats commettent cependant une énorme bourde. Ils reconnaissent que « Mourinho a ouvert la société Koper » à son arrivée en Grande-Bretagne. En d'autres termes, ils admettent une information qu'ils se sont donné toutes les peines du monde à dissimuler à l'administration fiscale.

 

Est-ce parce qu'ils ont compris que nous possédions les documents pour le prouver ? Est-ce parce qu'ils ont déjà réussi à éviter l'essentiel à leurs yeux, la procédure pénale ? Les avocats craignaient par-dessus tout un destin à la Messi, la vedette argentine du FC Barcelone condamnée, le 6 juillet 2016, à 21 mois de prison par la justice espagnole pour avoir soustrait 4,1 millions d’euros au fisc, moyennant un montage similaire réalisé par son père.

 

Sur le plan fiscal, Mourinho a battu l'Argentin sans discussion. Ses avocats ont réussi à dissimuler l'essentiel : l'acte de création du Kaitaia Trust, datant de juin 2008, signé par Mourinho, qui le contrôle et en est le fondateur. Les bénéficiaires sont son « épouse actuelle et ses enfants ». José Mourinho a donc prétendu que sa femme et ses enfants lui ont réclamé 1,5 million d'euros de frais, pour une société qui ne fournissait aucun service.

On l'a connu plus inspiré, mais cette fiction s'est imposée aux inspecteurs du fisc espagnols et britanniques. À moins que les Football Leaks ne réveillent leur curiosité. Du coup, Mourinho et son agent ont ouvert, samedi 3 décembre, le parapluie, par avocats interposés. « Jorge Mendes n'est pas un conseiller fiscal et n'a jamais recommandé aux joueurs de structure pour les droits d'image », indique un communiqué des avocats, qui renvoient la patate chaude vers les clubs. Selon leur version, les structures ont été créées « à la requête des clubs sur le conseil de professionnels du droit fiscal ». Peu probable que les clubs concernés confirmeront cette version : une enquête s'impose pour démêler l'écheveau.



#86 Method

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Posté 25 septembre 2017 - 06:37

 

Par AFP

Mis à jour le 25/09/2017 à 17h50 – Publié le 25/09/2017 à 16h43

 

 

Le président de la Juventus Turin, Andrea Agnelli, a été condamné à un an de suspension et 20.000 euros d'amende pour une affaire de vente de billets à des groupes «Ultras», a annoncé lundi la Fédération italienne de football (FIGC). Trois autres dirigeants du club écopent de la même peine, tandis que le club devra verser une amende de 300.000 euros pour la vente de ces billets à des groupes pour certains infiltrés par la n'drangheta, la mafia calabraise, qui les a revendus bien plus cher. 
Le procureur du tribunal sportif avait requis deux ans et demi de suspension et l'extension de la sanction au niveau européen contre M. Agnelli, qui vient d'être élu à la présidence de l'Association européenne des clubs, ainsi que deux matches à huis clos en plus de l'amende pour le club.

 

Et après ça vient nous casser les couilles comme quoi on "triche"... Pffffff



#87 ovni1974

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Posté 23 novembre 2017 - 08:59

https://www.lequipe....-reunion/853206


- Frédéric Thiriez : "I am very sorry for this terrible arbitrage"

- Zlatan porte le t-shirt "Parisiens et Champions" sous son maillot depuis la 1ere journée du championnat 2012-2013 (anonyme).

- "Tout le monde connait Cavani. Tout le monde voulait Cavani. Mais aujourd'hui il a signé avec nous" (Nasser Al-Khélaifi 16-07-2013).


#88 ovni1974

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Posté 12 janvier 2018 - 08:22

https://www.mediapar...ons-d-euros-par


- Frédéric Thiriez : "I am very sorry for this terrible arbitrage"

- Zlatan porte le t-shirt "Parisiens et Champions" sous son maillot depuis la 1ere journée du championnat 2012-2013 (anonyme).

- "Tout le monde connait Cavani. Tout le monde voulait Cavani. Mais aujourd'hui il a signé avec nous" (Nasser Al-Khélaifi 16-07-2013).


#89 Le Chat

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Posté 12 janvier 2018 - 08:27

C’est pas un scandale en soi, mais que les espagnols’ arrêtent de nous saouler avec le prix du transfert de Ney

#90 ovni1974

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Posté 12 janvier 2018 - 09:47

Il a juste caché 30 à 40% mini au fisc espagnol.

 

 

Dans le même style, mais en plus drôle...

https://www.lequipe....-en-2013/866174


- Frédéric Thiriez : "I am very sorry for this terrible arbitrage"

- Zlatan porte le t-shirt "Parisiens et Champions" sous son maillot depuis la 1ere journée du championnat 2012-2013 (anonyme).

- "Tout le monde connait Cavani. Tout le monde voulait Cavani. Mais aujourd'hui il a signé avec nous" (Nasser Al-Khélaifi 16-07-2013).





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