Notre rétrospective sur la victoire du PSG en Coupe des Coupes il y a dix ans se poursuit aujourd'hui avec les souvenirs de plusieurs vainqueurs de la Coupe d'Europe 1996... En effet, Daniel Bravo, Laurent Fournier, Youri Djorkaeff, Alain Roche et Vincent Guérin se sont confiés à la presse (France Football et Le Parisien) en cette semaine anniversaire...
Le contexte :
Guérin : C'était la Berezina. Ce qu'il y a de sur, c'est qu'on n'était pas dans une période faste. Il y avait quelques problèmes internes et externes, au sein et autour du club : une polémique était née entre Joël Bats et Luis Fernandez, il y avait des conflits entre Luis et les joueurs. Et des critiques dans les médias. Tout cela a nui au jeu.
Djorkaeff : Tout n'était pas tranquille entre les dirigeants et Luis Fernandez. On avait l'impression que c'était limite : ou ça explosait, ou alors on trouvait la recette pour repartir tous ensemble. Ç'aurait été dommage que ça explose parce qu'on avait un super groupe, sans jamais le moindre problème. Mais on sentait qu'il manquait quelque chose.
Yannick Noah et l'ambiance :
Bravo : C'était une bonne surprise ! Il nous a fait énormément de bien. Car, à ce moment-là, on était la tête dans le sac, on ne savait pas trop où on en était dans le jeu. Que Denisot fasse venir Yannick a alors permis de donner un peu de fraîcheur. Il venait de gagner la Coupe Davis et il a dédramatisé la situation. Il nous a dit : “Bon, les gars, vous vous faites tailler. On dit qu'il n'y a que des bidons dans cette équipe ; moi, je peux vous dire qu'il n'y a que des bons ! On va travailler ensemble, constituer une bulle pendant dix jours. On ne lira pas les journaux.”
Guérin : La grande force de notre génération était l'éthique qu'on avait par rapport au jeu. On respectait les partenaires, les adversaires, l'entraîneur, l'entraînement et le club. Notre équipe était une somme d'individus qui avaient vadrouillé, mais on portait en chacun de nous de grosses valeurs.
La préparation :
Bravo : Ce qui faisait notre force à l'époque, c'est qu'on était un groupe uni. On savait faire la fête mais, en même temps, le lendemain, on était sur la plage pour le footing de 8 heures du mat, avec Yannick.
Roche : Joël Bats avait supervisé le Rapid. Comme toujours, il nous avait préparé des fiches en mentionnant les qualités et les défauts de nos adversaires. Jo faisait un travail exceptionnel. Quand on a affronté le Real Madrid, par exemple, je devais affronter Zamorano. Avant de jouer contre lui, grâce aux fiches de Jo où tout était inscrit, je connaissais tout de son jeu. Avant qu'il ne touche le ballon, je savais ce qu'il allait faire. Jo nous a aussi remis ces fiches sur le Rapid pour la finale.
Djorkaeff : Un soir, on a eu la permission de minuit. On est allés dîner entre nous et on est rentrés. On se sentait bien, le groupe était soudé. A minuit, personne ne voulait dormir. Alors, on a fait un cercle dans un salon de l'hôtel et on a mis la musique. On dansait, on discutait. C'est comme ça que tu gagnes les matchs.
Guérin : J'ai personnellement souffert avant cette finale. La préparation durait dix jours et, pendant tout ce temps, dans toutes les oppositions, tous les matches, j'étais placé parmi les remplaçants. Une fois, deux fois, trois fois, six fois, dix fois, je ne comprenais pas, et je me suis dit : “Bon, je ne jouerai pas la finale.” Dans l'approche psychologique, je n'étais pas du tout dans les mêmes conditions que les autres.
Le match :
Bravo : Dely Valdes ne jouait pas. Rai était là, mais il est sorti tôt. On avait l'occasion de gagner ce match 4-1 ou 4-0. Si tu marques d'entrée, ça fait ensuite un super match. Comme on ne met qu'un but presque un peu chanceux, ça ne reste pas une grande finale, mais si on regarde toutes les occasions, ç'aurait pu être un gros score.
Roche : On n'avait pas été terribles en première mi-temps. On aurait du plier le match en début de seconde mi-temps. Puis Bernard Lama nous fait deux ou trois arrêts dans les cinq dernières minutes. S'il n'avait pas été là, je pense qu'on aurait pu la perdre, cette finale.
C2, “petite“ coupe d'Europe ?
Djorkaeff : C'est particulier. C'est la première fois que le PSG gagne une Coupe d'Europe, ce n'est que la seconde en France. Elle a une belle importance, j'étais attaché au club.
Roche : Nous, on ne fait pas la différence. Tu ne peux pourtant pas empêcher les gens de faire le distinguo entre “la plus belle” et “la moins belle”. Mais moi, j'ai l'impression d'avoir gagné une très belle Coupe d'Europe.