anciens

Rabesandratana - "Je n'ai pas touché Ravanelli"

anciens

Rabesandratana - "Je n'ai pas touché Ravanelli"

Publié le 05 Janvier 2008 à 14h08 par McSim
Tout jeune retraité depuis cet été, Eric Rabesandratana nous fait l'honneur de répondre à nos questions. Depuis la Gironde où il a élu domicile, l'ancien défenseur parisien revient sur sa carrière en rouge et bleu. Sa faute sur Ravanelli, l'implication de l'équipe contre Bordeaux lors du dernier match de la saison 1998/99, ses
rapports avec Luis Fernandez ou encore l'échec de la sélection malgache : l'ancien n°15 parisien s'explique sans langue de bois. Une interview passionnante d'un joueur exemplaire.
PSG70.com : Eric Rabesandratana, bonjour et merci de répondre à nos questions. Toute la rédaction de PSG70 vous souhaite une bonne et heureuse année 2008. Si vous ne deviez en retenir qu'un, quel serait votre meilleur souvenir sous le maillot parisien ?
Eric Rabesandratana : "Peut-être mon premier match avec le PSG au Parc. Peut-être aussi mes matches de Coupe d'Europe ou le doublé Coupe de France - Coupe de la Ligue en 1998. Il y en a beaucoup."

PSG70.com : Et votre plus grand regret ?
E.R. : "La défaite contre Gueugnon en finale de la Coupe de la Ligue 2000, mais aussi d'être parti en Grèce à l'AEK Athènes. J'ai rencontré les mauvaises personnes et ça ne s'est pas très bien passé."

PSG70.com : Quel joueur ou entraîneur vous a le plus impressionné, tant humainement que sportivement, au Paris Saint-Germain ?
E.R. : "Sans hésiter je dirais Raï, à la fois sportivement et humainement, c'est un grand monsieur. Sinon je dirais Philippe Bergeroo, non pas parce que c'est avec lui que j'ai le plus joué mais surtout au niveau de la relation. C'est un mec super avec qui j'ai aimé travailler."

PSG70.com : Y avait-il dans votre carrière un attaquant que vous redoutiez en particulier ou contre lequel vous n'aimiez pas jouer ?
E.R : "George Timothy Weah Weah lorsqu'il était au PSG m'a beaucoup impressionné. Mais sinon, en tant que joueur, il n'y avait pas trop d'attaquants que je redoutais en particulier. Peut-être Nonda à Monaco à la rigueur, il était assez chiant à jouer, il m'a posé quelques difficultés."

PSG70.com : Alors finalement, vous le touchez ou pas Ravenelli ?
E.R. : "Non non (rires), lorsque l'on voit les images on dirait que je le touche mais ce n'est pas le cas. Je vais expliquer ce qui s'est passé, je n'ai jamais eu l'occasion de le faire. En fait, comme on peut voir sur les images, il se fait un croche-pied tout seul, et c'est en mettant sa jambe derrière l'autre qu'il vient me frôler le genou. Je dis bien frôler, car il n'y a pas eu contact. En fait, ce n'est pas moi qui le touche mais plutôt lui qui me frôle. Il faut aussi savoir qu'en sortant du terrain, l'arbitre lui a fait un clin d‘oeil, et ça, personne ne le sait. Maintenant, je ne vais pas tirer de conclusions, et puis ça ne servirait à rien aujourd'hui. Mais chacun l'interprète comme il veut. En tout cas pour moi, c'est très clair..."

PSG70.com : Que répondez-vous aux détracteurs qui pensent que le PSG (notamment vous sur le but de Feindouno) n'a pas joué à fond contre Bordeaux lors de la dernière journée de championnat 1998/99 pour que l'OM ne soit pas champion ?
E.R. : "C'est n'importe quoi ! Personnellement, que ce soit Bordeaux ou Marseille qui soit champion ça ne changeait rien pour moi. Et puis si nous avions voulu perdre le match comme ça a été dit ensuite, nous aurions pris une casquette. Il y aurait eu des actions étranges, on n'aurait pas marqué deux buts. Au lieu de ça, Bordeaux marque un beau but. Il y a peut-être eu des errements défensifs mais il faut aussi se dire que c'était le dernier match de la saison. Nous avions, à l'image de toutes les autres équipes, un peu la tête en vacances. Mais il n'y avait pas de volonté collective de faire gagner Bordeaux pour que l'OM ne soit pas champion. D'ailleurs, il me semble que l'OM a gagné de justesse ce soir là (NDLR : victoire 1-0 à Nantes). Pour faire exprès de perdre, il faut avoir l'esprit mal placé et ne pas être pro du tout. Maintenant, on ne pourra jamais empêcher les gens de dire ce qui les arrange et d'aller dans le sens du vent. Moi, j'ai ma conscience tranquille, je sais qu'il n'y avait pas d'accord entre les joueurs sur ce match, et peu importe ce qu'en disent les médias."

"Luis Fernandez refusait le dialogue, il était fermé"

PSG70.com : Comment le fiasco de l'ère Biétry a-t-il été vécu de l'intérieur ?
E.R. : "C'était très compliqué. Je crois que tout cela venait d'abord d'un problème relationnel entre Biétry et Denisot, un problème d'ego entre les deux hommes. Biétry a voulu mieux faire que Denisot alors que celui-ci avait déjà fait beaucoup. Il a voulu tout changer, repartir sur de nouvelles bases, faire table rase du passé. Bien entendu, au final, ça retombe sur les joueurs, nous étions les premiers acteurs. Mais chacun sait que c'est très difficile d'être performant lorsque l'on change toute l'équipe, surtout à Paris."

PSG70.com : Vous étiez un pilier du système Bergeroo puis vous avez été totalement sorti de l'équipe à l'arrivée de Luis Fernandez. Que s'est-il passé ?
E.R. : "Je ne sais pas. Il ne m'a pas donné d'explications et il ne m'en donnera probablement jamais. Il m'a viré de l'équipe du jour au lendemain. Il devait sûrement avoir un préjugé sur moi. Pourtant, je ne lui ai jamais rien dit, je ne l'ai jamais fait chier. Je n'ai pas compris. J'ai eu six entraîneurs au PSG, je n'ai eu de problèmes avec aucun d'eux, même avec ceux qui ne me faisaient pas trop jouer au début. J'ai plusieurs fois essayé d'aller le voir, de lui parler mais il refusait le dialogue, il se sentait agressé dès qu'on lui parlait, il était fermé. C'est cette manière expéditive de me virer que j'ai eu du mal à comprendre. Ce n'était pas forcement une question de concurrence avec Pochettino. Il a attendu que Déhu revienne de blessure et m'a sorti définitivement. J'avais beau faire ce que je voulais, je ne pouvais plus retrouver le groupe. A la reprise, la saison suivante, il m'avait donné une date de reprise différente des autres joueurs, comme à Luccin, à Aliou Cissé, il me semble, ainsi qu'à quelques autres. Nous devions être trois ou quatre dans cette situation. Nous avons repris quatre jours après le reste du groupe. J'ai su plus tard qu'il nous avait fait revenir le jour où le groupe partait en stage, pour que nous ne nous croisions pas."

PSG70.com : Comment expliquez-vous l'échec de ce que l'on appelait la "Génération Banlieue" avec Anelka, Luccin ou Dalmat ?
E.R. : "Je ne sais pas trop en fait. On dit toujours de la nouvelle génération, même aujourd'hui, qu'elle est faite d'enfants gâtés. Mais là ce n'était pas le cas car ils avaient l'envie et le talent. D'ailleurs après leur passage au PSG, ils ont tous fait une grande carrière, ça veut bien dire qu'ils n'étaient pas là par hasard et qu'ils ont du talent. Mais à Paris, tout est toujours bizarre, il y a une pression particulière. Pourtant, nous avons tout fait pour que ça marche, il y avait de l'envie, mais ça a été difficile, d'autant plus difficile pour les joueurs en question je pense."

PSG70.com : Pourquoi avoir débuté en sélection malgache aussi tard ?
E.R. : "Parce que ce n'était pas bien organisé. Pendant que j'étais au PSG, je n'avais pas fait les démarches de naturalisation nécessaires car j'avais toujours l'espoir d'être sélectionné avec la France. Puis ça ne s'est pas fait, j'ai donné les papiers, j'avais fait toutes les démarches mais on m'a dit que le dossier s'était perdu. Ça a été fait à l'africaine (rires), il y a beaucoup de retard sur la mentalité européenne. Donc ça a pris beaucoup de retard. Je n'ai joué qu'un match avec la sélection (NDLR : Toulouse B - Madagascar (1-1), le 09/02/2007), mais après ils ne voulaient plus de moi. Tout ne s'est pas enchaîné comme je l'aurais pensé, ils ont tout chamboulé, je ne sais pas pourquoi. Peut-être avaient-ils peur de la réaction des gens qui vivent au pays, même si dans l'histoire de la sélection de Madagascar il y a déjà eu des joueurs qui jouaient en Europe."

PSG70.com : Vous avez quitté Mons cet été ? Qu'avez-vous fait ensuite ?
E.R. : "Je voulais continuer un an à Mons, donc resigner pour une saison mais les dirigeants ont préféré faire monter un jeune. Avec moi, ils savaient à quoi s'en tenir, alors qu'avec un jeune il n'y a jamais de garanties, c'est toujours risqué. Toujours est-il que ça ne s'est pas fait, et que j'ai tout arrêté. J'ai lu trois fois dans la presse que j'avais signé avec Antwerp, ce qui est faux, je n'ai jamais eu de contacts avec ce club, ni même reçu un seul coup de fil. Je n'ai jamais compris pourquoi c'était sorti trois fois dans la presse, cette histoire. J'ai fait une coupure de quelques mois et je suis rentré en France du côté de Bordeaux. Depuis septembre, je passe mon BE1 (Brevet d'Etat premier degré) qui devrait se finir en juin, puis peut-être que j'enchaînerai sur le DEF (Diplôme d'Entraîneur Fédéral), je ne sais pas encore. En fait, j'avais deux souhaits. Celui de devenir entraîneur ou celui de devenir kiné. Mais je ne sais pas comment ça se passe, s'il y a toujours un concours spécial pour les anciens sportifs. En ce moment je m'occupe des 18 ans de l'équipe de Saint-Émilion, près de Libourne, je donne aussi un coup de main aux seniors du club. Ça entre dans le cadre de la formation du BE."

"Paul Le Guen n'est pas quelqu'un de vicieux"

PSG70.com : Quels sont vos projets ? Devenir directement entraîneur ou d'abord intégrer un staff technique ?
E.R. : "Tout dépend des propositions, je sais que tout peut s'accélérer ou prendre plus de temps. Je suis ouvert aux deux solutions. C'est vrai qu'être entraîneur principal me plairait mais s'il faut passer par un poste d'adjoint, ça peut aussi être intéressant. L'important pour moi, c'est de rester dans le milieu du foot, car j'aime ça."

PSG70.com : Souhaiteriez-vous devenir le sélectionneur de Madagascar ?
E.R. : "Oui, si j'en ai la possibilité, pourquoi pas aller donner un coup de main, mais j'ai encore le temps."

PSG70.com : Aimeriez-vous revenir au PSG dans l'encadrement une fois vos diplômes en poche ?
E.R. : "Oui, à vrai dire je n'y ai jamais vraiment réfléchi, mais oui, ça serait intéressant."

PSG70.com : La situation que connaît le PSG actuellement vous surprend-elle ?
E.R. : "Oui, elle me surprend car je ne pensais pas qu'elle durerait aussi longtemps. On sait que c'est toujours difficile à Paris plus qu'ailleurs, il y a plus de pression. Les joueurs doivent réagir et surtout gagner au Parc. Le syndrome du Parc, ça n'existe pas. Bien sûr, il y a un blocage psychologique, ils sont dans un cycle dans lequel ils ne parviennent pas à gagner à domicile car ça fait un moment qu'ils ne trouvent plus le succès. Mais je pense qu'une victoire peut couper la série et peut-être même inverser la donne. Peut-être qu'après, ils n'arriveront plus à gagner à l'extérieur, c'est tout à fait possible."

PSG70.com : Pensez-vous qu'il faille limoger l'entraîneur ? La direction ? Changer les joueurs ?
E.R. : "Non, il ne faut pas virer l'entraîneur, je le connais, c'est quelqu'un de bien et de compétent, mais je n'ai pas en compte tous les éléments pour donner mon avis. Aujourd'hui, il est certain que le PSG n'est pas à sa place. La situation est alarmante mais je suis persuadé qu'il y a tout dans ce club pour retrouver le haut du classement. Paul n'est pas quelqu'un de vicieux. S'il a écarté les anciens au profit des jeunes, ce n'est pas pour les faire chier, mais pour les faire réagir. J'ai été joueur professionnel, je sais comment ça fonctionne. Il ne va pas prendre le risque de les déstabiliser gratuitement, c'est un acte réfléchi et il a ses raisons. Même si je pense qu'il n'avait pas raison de faire ça, car ce n'est pas évident de lancer un jeune dans un moment comme celui-là, ça peut être dangereux. Lancer un jeune, ça peut être du bonus mais ça peut aussi être destructeur, il faut un temps d'adaptation. Mais c'était une décision ponctuelle, les cadres ont d'ailleurs retrouvé l'équipe."

Propos recueillis par Maxime Pousset pour PSG70.com et PlanetePSG.com. Merci à Eric Rabesandratana pour sa disponibilité ainsi qu'aux membres du forum PlanetePSG.com pour leurs questions.

caractères restants