« Je ne serai plus l'entraîneur du PSG la saison prochaine » C'est par ces quelques mots que Luis Fernandez a annoncé au journal Le Parisien (?!) ce Mercredi 12 Mars 2003. S'il devrait bien finir la saison actuelle en espérant « offrir la Coupe de France au club », il ne sera pas présent pour la saison 2003-2004, et annonce même que l'on ne le verra « plus jamais sur le banc de touche du PSG » ...
Si l'annonce n'est pas vraiment surprenante, en annonçant son départ à la fin de la saison juste après la victoire importante du Paris Saint-Germain au Vélodrome, Luis Fernandez donne le sentiment de savoir depuis un moment que son avenir ne serait pas sur le banc du club de son cœur... Sa touchante confession met le doigt sur le fait que selon lui les récents échecs du PSG sont dus au manque de finances accordées : « il y a des idées mais plus d'oseille »...
Vous avez une déclaration à faire... Luis Fernandez.
(Il se racle le fond de la gorge) Je ne serai plus l'entraîneur du PSG la saison prochaine. J'ai mal au cœur en prononçant cette phrase mais ma décision est murement réfléchie. Elle a été prise en concertation avec mon épouse, Audrey. Il faut avoir la force de reconnaître la situation d'échec. C'est mieux ainsi, pour le bien et l'intérêt du club.
Cette décision est surprenante...
Ma responsabilité est engagée. Je suis le premier responsable des résultats. Je pourrais parler des blessures, des méformes, non ! Je ne cherche pas d'excuses. Quand on gagne, on est le roi du monde. Dans le cas contraire, on se tait. On ne parle plus tactique ou fond de jeu. Je pourrais évoquer le match à Marseille. L'histoire est toujours racontée par les vainqueurs. Moi, j'ai échoué.
Comment analysez-vous votre échec ?
Je suis le premier supporter du PSG. Le maillot rouge et bleu, c'est ma deuxième peau. Cet état d'esprit m'a porté préjudice. Il a des conséquences sur ma façon d'être. Je respire le PSG. Alors, aujourd'hui, je veux faire mon mea culpa. (NDLR : ses yeux s'embrument, il regarde ailleurs et marque un long silence) Je me suis laissé emporter, j'ai commis des erreurs de fonctionnement. Je ne pouvais pas réussir tout seul. Je m'en croyais capable, aveuglé par mon amour de Paris. Voilà, j'avais un rêve.
Vous aviez voulu les pleins pouvoirs sportifs. Etait-ce une erreur ?
Je voulais être entraîneur-manager pour gérer tout le sportif. Je me suis surimpliqué. J'ai pris tout à coeur et j'ai perdu le recul nécessaire pour agir avec lucidité. Que voulez-vous ? Quand j'entre dans des toilettes sales, j'ai envie de prendre un pinceau pour refaire la peinture moi-même. J'ai oublié que sans l'argent, tu ne peux rien. Lors de ma première venue au PSG, j'ai signé et ensuite on m'a précisé que le club était interdit de recrutement. Cette fois, il y avait des restrictions budgétaires. Il fallait simplement faire des économies.
Le PSG venait de faire un investissement de 75 millions d'euros (500 MF) en recrutant la génération Anelka !
Ah, ça aurait pu être une bonne idée ! Mais on s'est trompé de stratégie. Avec la morosité du marché qui s'annonçait, une réflexion globale aurait été nécessaire. Il aurait fallu construire une structure solide, expérimentée, avec des Letizi, Pochettino, Heinze, Déhu... Ensuite, nous aurions pu lancer des jeunes. Si vous lancez tous les jeunes ensemble dans le grand bain, ils se noient.
La revente des Anelka, Luccin ou Dalmat, a rapporté de l'argent, non ?
Anelka, on l'a revendu 18 millions d'euros ! Vous imaginez le trou ? Mais il fallait le vendre, sinon on perdait tout. Je me suis battu pour faire venir Almeyda et Nuno Gomes. Nous n'avions pas les moyens de payer leurs salaires. Et j'ai pris Cardetti pour zéro franc ! J'ai toujours respecté l'équilibre financier précaire du club. Pendant ce temps, Valence, Manchester, la Juventus ont deux équipes d'internationaux.
Pourquoi ne savez-vous pas gérer les stars ?
Nico, il ne voulait plus rester. Le divorce était consommé avec les supporters, avec Paris, avec la France. Il s'est trompé en revenant au PSG. Il le sait. Tout le monde le sait.
Vous n'avez guère su faire fructifier l'actif joueurs...
On pourrait en discuter des heures. Ne cherchez pas : le club est exsangue. Arrêtons de rêver. Vous pouvez faire venir le meilleur entraîneur du monde, il peut bosser 24 heures sur 24, il est impossible de rivaliser avec les grands d'Europe. Le PSG traverse une situation critique. Son environnement économique est défavorable à tous les étages. Tout le monde connaît la situation... Le football n'est plus la préoccupation du moment. C'est logique.
Canal + vous avait-il choisi pour acheter la paix sociale avec les supporters ?
Un bouclier entre Canal et les supporters ? Je ne sais pas. La responsabilité de l'échec, je l'assume. Les supporters en ont assez de ces années sans titre. Paris, c'est une Ferrari. Quand Jean Todt a repris l'écurie, il a demandé un plan de sept ans, le meilleur pilote et de l'argent. Moi, la Ferrari, on me l'a livrée sans essence. Comme un fou, j'ai cru que je gagnerais le Grand Prix en la poussant avec mes bras.
On ne parvient pas à croire à tant de naïveté...
Le PSG, c'est mon rêve. A mon arrivée, j'ai vu les maquettes du futur camp d'entraînement. J'y ai cru. A Paris, il y a des idées mais plus d'oseille. Donc, on ne le verra jamais. Lens ou Sedan possèdent leurs installations, Paris, non ! J'ai vu le centre de Houllier à Liverpool, j'ai eu honte pour nous ! Xavier Couture (NDLR : ex-président de Canal +) est venu au camp des Loges. Je lui ai montré les chambres et les vestiaires de nos stagiaires. Je lui ai dit : « Xavier, tu laisserais ton fils une journée dans ces conditions ? » Il a tourné la tête.
Pourquoi n'avez-vous pas fait avancer le dossier en tant que manager ?On est prisonnier de la mairie de Saint-Germain, des militaires (2). Ça me reste en travers de la gorge. Ce problème d'infrastructure, ça te mine toute la journée. Il fallait quitter le camp des Loges. L'argent, on aurait pu le trouver avant. Malheureusement, il y a dix ans, des dirigeants ont investi dans des clubs filiales, aujourd'hui disparus, plutôt que de bâtir un vrai centre de formation. Aujourd'hui, on récolterait les fruits de ce travail de fond.
Quelle est la nature de votre problème avec Ronaldinho ?
Ronaldinho ? J'ai bien entendu les instructions du président. C'est l'actif numéro 1 du club. OK. Alors, tout le monde aurait du s'en occuper. Le môme, il a 20 ans, il est champion du monde et se retrouve seul chez lui ! Et personne au club ne s'en occupe.
C'était votre travail...
Alors, il fallait me le dire. Moi, le gamin, je le prenais à mon domicile. Je lui faisais une chambre et je restais 24 heures sur 24 avec lui. Oh, je ne suis pas fou à me flinguer. Avec Ronaldinho à 100 %, je suis champion de France avec dix points d'avance. Le problème ? Entre son but contre Marseille (3-0) à l'aller et son match génial au Vélodrome dimanche, il a connu des hauts et des bas. Je suis responsable de son travail quotidien, de son amélioration et de sa valeur technique. Mais je ne peux pas être tenu responsable des à-côtés. Je n'étais que son entraîneur. J'aurais du être aussi son papa et son psy.
C'était peut-être votre rôle, en effet...
Mais lorsque Ronnie est champion du monde en juin avec le Brésil, mon staff technique et moi avons aussi notre part de responsabilité ! Il était resté six mois sans jouer. Nous l'avons remis sur pied. Scolari (NDLR : sélectionneur du Brésil) m'a remercié. Je n'ai aucune leçon à recevoir sur la gestion du cas Ronnie. Un jour, il fera comme Dalmat : il dira : « Luis avait raison ». Dernière précision : je ne suis pas un économiste qui parle d'actifs, moi ! Je suis un technicien qui raisonne en terme d'équipe, de collectif. L'actif numéro 1 pour un entraîneur, c'est le joueur qui te fait gagner un match. Voilà pourquoi, j'ai tant soutenu Fabrice Fiorèse.
Comment est né votre différend avec Ronaldinho ?
Vous l'avez écrit dans votre journal. Avant le match contre Lens, lors de la mise au vert, Ronnie n'a pas respecté le règlement interne. Cinq joueurs le voient de leurs yeux. Je décide de le suspendre contre Lens. Ma hiérarchie me dissuade de le sanctionner, je perds ma crédibilité. Dans le regard des joueurs, je vois que je suis déconsidéré. On perd 2-3. Dans les vestiaires, le président félicite Ronaldinho.
« Perpère est un homme honnête mais ce n'est qu'un pion de Canal + » Comment ont réagi les joueurs ?
Quand Llacer montre ses fesses, quand Leroy secoue un journaliste, ils sont convoqués et sanctionnés. C'est juste. Mais est-ce moins grave de briser le règlement intérieur du groupe ? L'autorité doit s'appliquer à tout le monde, sinon c'est mort. En Allemagne, Ballack (NDLR : Bayern Munich) s'est permis de critiquer une fois le jeu défensif de son entraîneur. Il a pris 100 000 € d'amende.
Comment jugez-vous votre président ?
Laurent Perpère est un homme honnête mais ce n'est qu'un pion de Canal +. Il ne peut rien décider seul. Il a été placé là pour remplir un poste. A mon arrivée, Pierre Lescure (NDLR : ex-PDG de Canal +) m'a expliqué que je devais lui apporter une légitimité dans le milieu du football. Perpère est novice dans le monde du ballon. Je n'ai pas d'animosité envers lui. Je comprends l'homme, avec ses compétences et ses limites. Toute la semaine, ses oreilles sifflent.
Vous lui en voulez d'avoir dit « Si je dois choisir entre Ronaldinho et Fernandez, je choisis le joueur » ?
C'était dur à encaisser. Je me suis senti abandonné, trahi. A cet instant, je me suis retrouvé seul avec mes hommes et deux dirigeants, Talar et Cayzac. Heureusement, ils ne m'ont jamais lâché.
N'avez-vous jamais connu de coup de fatigue ?
Après la victoire contre Lyon (2-0), le 4 décembre, j'avais le public et les supporters derrière moi. Je me suis dit : « Je vais prendre du recul jusqu'à la fin de la saison. » Je voulais leur dire de prendre un autre entraîneur. Et puis, je me suis dit : « Ne quitte pas le navire. »
Comment avez-vous vécu les « Fernandez démission » contre Troyes ?
Le PSG est ma maison. Je respecte toutes les associations. Je suis en osmose avec elles. Je me félicite de leur multiplication. J'ai connu le kop Boulogne lorsque j'étais joueur. Il m'a vu grandir. Mais je veux simplement dire à tous les supporters, d'Auteuil comme de Boulogne, que seule leur union permettra la survie de ce club. Leur union, leur passion, leur fidélité, c'est leur force. J'ai essayé de collaborer avec eux au sujet des prix des abonnements ou de la couleur des maillots. Là encore, je n'ai pas été suivi par ma hiérarchie.
A votre retour au PSG, vous aviez le soutien des médias. Aujourd'hui, votre image est ternie...
Je reconnais, dans mes attitudes, dans ma façon de parler, un côté excessif. C'est mon tempérament. Face aux médias, j'ai adopté une attitude défensive et agressive. Si le PSG était agressé, je me sentais blessé. Quand on touche à ton fils, tu réagis d'instinct. C'est le coeur qui parle. Cette attitude m'a rongé. J'aurais du prendre un directeur de la communication. Là aussi, j'ai cru savoir faire seul.
En parlant ainsi, à trois mois de la fin de votre contrat, vous risquez d'être licencié ?
Je souhaiterais gagner un titre avant de partir, offrir la Coupe de France au club. Et pour le championnat, on va faire le maximum.
Comment voyez-vous le PSG dans les années à venir ?
Je n'en sais rien. Je lui souhaite longue vie. Je tiens à rendre hommage à mes joueurs pour m'avoir soutenu dans la construction de ce qui était mon rêve. Ils m'ont démontré des valeurs d'abnégation, un état d'esprit irréprochable, valeurs que j'ai toujours prônées au cours de ma carrière.
Et que devient ce Luis qui voulait construire le grand PSG...
Je ne me reconnais plus dans le fonctionnement actuel. Mais il ne faut jamais dire jamais. Peut-être un jour, dans une nouvelle configuration, je reviendrai dans mon club. Mais une chose est certaine : on ne me verra plus jamais sur le banc de touche du PSG.
Qu'allez-vous faire la saison prochaine ?
Dieu seul le sait. Je ne serai peut-être plus qu'un supporter du PSG. En attendant, je vais acheter trois abonnements pour suivre les matchs au Parc avec mes fils.
Interview : Le Parisien.