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Revue PSG : Letizi, gardien du temple

Publié le 07 Décembre 2004 à 20h12 par Le Monde
Revue  PSG : Letizi, gardien du temple

Le Paris-SG et son goal jouent leur qualification pour les 8es de finale de la Ligue des champions, mardi, face au CSKA Moscou.

Quand ils sortent d'un vestiaire en tenue de ville, les footballeurs du Paris-Saint-Germain ne sont pas différents de ceux des autres clubs. Vêtements de jeunes stylistes tout en zip et Velcro, coiffures régulièrement relookées, téléphones portables dernier cri.

Tous se ressemblent, tendance "fashion victims" à fort pouvoir d'achat. Tous, sauf un.

Avec sa parka passe-partout et son jean ni délavé ni déchiré, Lionel Letizi semble sorti d'un autre monde - un monde où l'apparence n'aurait aucune importance. "Je suis comme ça, s'excuse-t-il presque. Et encore... Plus jeune, j'étais toujours en survêt'. Quand on regarde des photos de moi il y a dix ans, je suis pareil, avec la même coupe de cheveux... J'ai fini par abandonner le survêt'pour le jean et les baskets. Ici, au PSG, les autres joueurs me chambrent un peu. Mais je ne vais pas changer. Ce style... c'est moi."

A 31 ans, ce gardien de but hermétique aux modes va tenter, mardi 7 décembre au Parc des princes, de préserver une autre imperméabilité : celle de la cage parisienne. L'un des matches les plus importants de sa saison attend le PSG. Une victoire face au CSKA Moscou l'enverrait en huitièmes de finale de la Ligue des champions, et lui permettrait de sauver les apparences en ces temps d'indigence sportive. Après son match nul (1-1) à domicile face à Lille, samedi 4 décembre, le club de la capitale pointe à la 12e place du classement de Ligue 1, à dix-sept points du leader, Lyon, loin, très loin de son tableau de marche espéré.

Cette saison mal engagée, Lionel Letizi a plus d'une raison de vouloir en inverser la tendance. Alors qu'il effectue sa cinquième et probablement dernière saison au PSG - il a mystérieusement refusé de prolonger son contrat cet été -, le gardien est redevenu titulaire dans le but parisien, mettant fin à un an et demi d'une galère dont on le voyait mal sortir. En aout 2002, un choc contre l'Auxerrois Djibril Cissé avait entraîné, après une période de quelques mois, une déminéralisation de sa rotule gauche qui l'avait ensuite contraint à une demi-année d'indisponibilité.

Son retour à la compétition avait coïncidé avec l'arrivée à la tête du PSG d'un nouvel entraîneur, Vahid Halilhodzic, lequel avait décidé de maintenir sa confiance au gardien remplaçant, Jérôme Alonzo. Un choix qui s'était avéré judicieux, ce dernier multipliant les miracles sur le terrain. Relégué sur le banc, Lionel Letizi ne disputa finalement que douze matches dans la saison, dont les six qui permirent au PSG de gagner la Coupe de France - un moindre mal.

Le plus étonnant, chez ce Niçois d'origine, c'est la discrétion avec laquelle il a enduré cette période, sans jamais élever la voix. "Me plaindre, ce n'est pas mon truc, confie-t-il. Ma situation n'était pas évidente, mais il ne faut jamais perdre de vue que le foot est un sport collectif : si j'avais fait mon cinéma, cela aurait pu déstabiliser l'effectif. Des journalistes ont d'ailleurs essayé de me pousser dans cette voie, mais j'ai résisté."

A l'entendre, la préférence accordée à Jérôme Alonzo durant toute la saison 2003-2004 tombait presque sous le sens : "Il n'y avait rien d'illogique dans la décision du coach, poursuit-il. Je m'étais blessé à nouveau en début de saison, Jérôme alignait des bons matches : je me suis fait une raison."

Lionel Letizi se dit aujourd'hui "content d'avoir géré" cette "épreuve" dont il se serait malgré tout "bien passé". Heureux d'avoir pu montrer à Vahid Halilhodzic qu'il a "deux ou trois qualités" et qu'il pouvait encore "rendre service", il se dit également satisfait d'avoir préservé ses relations avec Jérôme Alonzo - qui est à la fois son plus proche collègue de travail et son rival le plus direct.

"On a tous les deux une bonne mentalité et on est deux gardiens âgés. En plus, on s'entend bien. Cela aurait été vraiment con de tout gâcher, explique-t-il. Avoir deux gardiens qui se font la guerre, ce n'est pas bon pour un groupe. Surtout dans un club comme Paris où tout est vite monté en épingle. Je crois qu'au PSG ils ont de la chance d'avoir des gars comme Jérôme et moi."

Cette capacité à prendre du recul face aux événements, Lionel Letizi l'a façonnée au gré d'une carrière commencée à Nice, il y a dix-sept ans, et poursuivie à Metz, pendant quatre saisons. Un détachement qu'il double cependant, aujourd'hui, d'une forme de désenchantement face à un milieu trop superficiel et vénal à son gout. "Beaucoup de choses me dérangent dans le foot, s'ouvre-t-il. L'argent y est roi. Or il ne faudrait pas qu'il prenne le pas sur l'aspect sportif."

Et le gardien de vitupérer contre ces "agents dont certains sont des margoulins", de pester contre "ceux qui tournent autour des jeunes joueurs pour se faire de l'argent sur leur dos" ou de dénoncer les cadences infernales auxquelles sont soumis les footballeurs professionnels : "Les télés ne se soucient pas de notre santé. Des joueurs, on en trouvera toujours. Mais des joueurs qui ont quinze ans de carrière et 400 matches de Ligue 1, il y en aura de moins en moins."

Depuis ses débuts dans le métier, Lionel Letizi milite au sein du syndicat des joueurs, l'Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP). Il est aujourd'hui membre de son comité directeur. Sa conscience syndicale, ce fils et petit-fils de gardien de but explique l'avoir héritée d'un grand-père "cheminot communiste"et d'un père fonctionnaire "qui faisait grève pour défendre les intérêts des autres". "J'ai été élevé comme ça", confie-t-il, citant un autre personnage qui a beaucoup influencé ses convictions : Nicolas Hulot, son "idole", dont il a lu tous les livres.

"Je suis sensible à tout ce qui touche à l'humanisme, poursuit-il. Au fond de moi, j'aimerais que les choses changent. Je trouve qu'il est difficile d'être heureux dans un monde où il y a des inégalités. On peut penser que je critique le système alors que je suis le premier à en profiter. C'est vrai. Sauf que mes qualités, c'est d'être footballeur. J'exploite à fond ces qualités, ce qui me permet de très bien gagner ma vie, mais cela ne m'empêche pas d'avoir un regard sur le monde."

Ni de savoir, à quelques années de la fin de sa carrière, comment il occupera son temps libre, une fois qu'il aura mis les gants au clou : "Je retournerai à Nice pour faire du bénévolat auprès des jeunes. Surtout, je ne chercherai pas à m'enrichir plus."

Frédéric Potet (Le Monde)

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