Lens, Lyon, Nice... ou Toulouse ? Le nom de l'adversaire n'y change rien : j'ai beau reprendre la situation par tous les bouts, le constat reste le même. Je déteste quand le Paris Saint-Germain perd. Et c'est tout. Alors il y a des lendemains de matches qui sont difficiles. Mais quand au moins on peut se rattraper en tribune au match suivant, alors on fait son travail de supporter. Si en plus on reste sur le carreau à la rencontre d'après, alors là...
Seule la victoire est belle !
Même dans mes bonnes heures, je ne suis pas fair-play. Je ne suis pas bon joueur. Je ne suis pas de bonne foi. Et surtout, surtout, je ne suis pas bon perdant. Certains supporters possèdent sans doute ces qualités. Moi non. Aucune. En un sens, je me dis que ça en laisse plus pour les autres. Mais d'un autre côté, je trouve cela parfois assez délicat à gérer. Surtout après une défaite du Paris SG. Parce que là, plus rien ne va. Oh, les jours de victoire, je m'assume parfaitement : le beau jeu est un concept qui m'indiffère, et il y a bien longtemps que j'ai compris que le football n'était pas le patinage artistique. Depuis, les notes de technique, les beaux mouvements, les élans gracieux et les prouesses esthétiques devant des spectateurs béats n'ont plus aucune importance. Au final, seul le but qui vous donne une marque plus élevée que votre adversaire compte. Et seule la victoire est belle. Le Catenaccio me procure une satisfaction quasi extatique quand il est récompensé par une victoire des Rouge et Bleu. Les grigris inutiles, les joueurs qui dribblent la moitié de l'équipe d'en face mais s'empalent sur le gardien, les reprises acrobatiques qui frôlent la barre ? Aucune réaction. Un match remporté un à zéro, sans aucune passe correctement alignée, avec un pauvre et unique but de raccroc du défenseur adverse contre son camp ? C'est l'érection assurée pour deux jours. Tout le reste, les considérations de manque de projet de jeu, ou d'animation offensive inexistante, quand les trois points sont au bout, je le laisse aux spécialistes, aux tacticiens des bouts de comptoirs. Je ne suis qu'un supporter. Et à ce titre, je déteste la défaite. Point final.
Que répondre un lendemain de défaite ?
Alors vendredi j'ai passé une sale journée. Lendemain de défaite. Après un résultat comme celui contre Toulouse, pouf, magie, il y a des tonnes de gars qui se souviennent de mon prénom au travail. Vous savez, tous ces connards qui ne me parlent jamais habituellement ; les sans clubs, les non-supporters, tous ceux qui m'ignorent quatre jours sur cinq parce que parler foot c'est un peu nul. Ceux vers qui je ne vais d'ailleurs pas vraiment non plus... Là, ils viennent me taper dans le dos. Un besoin irrépressible de venir me baver dans les étagères leur vrille soudain le colon :
« - Alors, il paraît que le PSG a encore perdu ? »
Bah oui, super, je remarque que tu es à l'affut des dernières news, ça ne fait guère que deux jours que tous les médias ne parlent que de ça, je te félicite. Sauf que dimache, il y a Paris SG - Troyes.
« - Non parce que ces temps-ci, ils sont mal barrés le PSG. C'était bien la peine de virer l'autre, là, Fournier !... »
Génial, en plus j'ai affaire à un gars qui se croit connaisseur. Il va alimenter la conversation avec ce qu'il a entendu sur RMC la veille, j'en ai pour deux plombes. Il faut juste tenir... Dimanche, il y a match !
« - Il paraît qu'en plus ils ont joué comme des merdes. Mais ça, tu dois avoir l'habitude hein ! »
Si ce crétin me parle du Beau Jeu à la Nantaise, je le frappe. Le match, VITE !
Un lendemain de défaite, qu'est-ce que vous voulez répondre ? De toutes façons on a perdu. Quand bien même on aurait bien joué, qu'est-ce que ça changerait ? Un perdant, même joli, volontaire ou méritant reste un perdant. Putain de défaite. Putain de club, putains de joueurs, putains de dirigeants et putain de putain d'attente avant le prochain match !
Supporter, gueuler... Pour gagner !
Cette rencontre qui suit un échec cuisant, il faut la gagner. Pas pour le classement. Après une déception comme Toulouse, je ne le regarde même plus. Après ça, c'est la victoire, point final. Pas pour l'honneur, ni pour la série, ni l'invincibilité à domicile, ni l'Europe, ni le club, ni rien... Je ne vois plus tout cela. Un lendemain de défaite je ne vois plus rien. Après, il faut gagner parce que je déteste perdre. Parce que la rage, parce que la boule dans le ventre, parce que ça fait suer...
Et le pire c'est que du coup, en tant que supporter, après une défaite, je ne profite pas de la rencontre suivante. Pas de tifo pour moi. Pas de fumis, pas d'échauffement de joueurs, de discussion avec les voisins, pas de fête. Rien autour. Le match, le match, le match et gueuler ! Pour gagner. Parce qu'il y a une ardoise à effacer. Parce qu'il y a un adversaire à battre, et parce qu'en tant que simple supporter, il faudra tout faire pour que ça se passe comme ça. Une équipe à soutenir, un adversaire à battre, et c'est tout... Tout donner, pour le Paris SG, pour la victoire. Là est mon travail de supporter. Personne ne m'y oblige. C'est ce que je pense être ma part de l'édifice à construire.
Défaillance personnelle
Sauf que ce dimanche, je n'ai pas pu aller au Parc. Je m'étais préparé, mais au moment de partir ma petite a déclaré une gastro. Alors, bien sur, pas question de laisser maman gérer seule à la fois le bébé et la grande soeur malade pendant trois heures. Il reste des choses plus importantes que les Rouge et Bleu dans ma vie, et une maladie de ma fille en fait partie. Seulement voilà, il y avait eu défaite jeudi... Et dimanche, j'ai un peu l'impression d'avoir laissé tombé mon équipe. Un lendemain de défaite je me promets toujours de tout donner et là, je ne suis pas venu. Non pas que ma présence aurait changé grand chose, je le sais bien. Les Parisiens ont gagné sans moi. Ceux qui devaient y croire jusqu'au bout ont poussé jusqu'à la 94ème minute, et le petit supporter que je suis n'aurait pas compté pour beaucoup dans l'affaire. C'est évident. Mais quand j'y repense, il me reste que je n'ai pas assumé ma part dans ce match. Alors certes, un quarante millième du Parc en moins, quelle différence ? J'essaye de me convaincre, mais le cœur n'y est pas. C'est juste une question de principe. Le club avait besoin de moi, comme des autres. Mais je n'y suis pas allé. Avec une bonne excuse. Mais ce sont les autres qui se sont battu à ma place, avec leurs armes de supporter. Ce sont d'autres qui ont tout donné pour empocher ces trois points. Parce que comme moi, ils refusaient de perdre, ils refusaient ce match nul, dans les arrêts de jeu. Qu'ils en soient remerciés.
Mais ma tristesse est double : les joueurs ont failli. Ils ont manqué à leur devoir de footballeurs professionnels jeudi dernier. Et ce dimanche, à mon tour, j'ai laissé passer mon devoir de supporter. Je n'ai plus guère de leçon à leur donner, après cela. Quoi qu'on en dise.