A la veille de la finale de la coupe de France (samedi contre Auxerre au Stade de France), Laurent Perpère, futur ex président du Paris Saint Germain, revient dans les colonnes du journal Le Parisien sur ces 4 années et demi passées à la tête du club. Si sous sa présidence le PSG n'a encore rien remporté, une victoire demain contre les auxerrois pourrait lui permettre de partir sur une note positive, alors que le nom de son successeur, Francis Graille, est connu depuis déjà bien longtemps. Perpère revient sur les bons et mauvais moments qui ont rythmés ces 4 années. Interview :
Quel sera votre état d'esprit, demain, au coup d'envoi ?
L'appréhension, le trac comme toujours. C'est un sentiment de vie très intense, fort et douloureux. Je dirai aux joueurs que c'est leur match. Je continue à penser que ce groupe a un potentiel formidable. Ils ont une dernière occasion de le montrer. Ça a toujours été un bonheur d'être au milieu d'eux.
Pourquoi avez-vous rarement montré vos sentiments en tribune présidentielle ?
Je ne veux pas tricher avec ce que je suis. Je suis quelqu'un qui intériorise tout, quelqu'un de réfléchi. Ça ne veut pas dire que les émotions, je ne les ai pas ! Je ne vais pas faire semblant pour faire plaisir à la galerie.
Qu'avez-vous détesté le plus lors de votre présidence ?
L'imposture. Je déteste les joueurs qui trichent sur le terrain, les dirigeants qui trichent sur leurs motivations. Je hais la triche avec soi-même, la triche avec les autres, la triche avec les sentiments. Il y a deux millions de supporters du PSG en France. Quand vous mentez à ces gens-là, vous cassez quelque chose dans leur vie.
Qu'avez-vous réussi de mieux au PSG ?
Ce que j'ai réussi à travers les difficultés, les échecs et les succès, c'est rapprocher le PSG de ceux qui le soutiennent. Aujourd'hui, c'est un club populaire et ce n'est plus un club élitiste, show-biz.
A quel moment avez-vous été le plus heureux ?
Lors de la deuxième année, on a bâti match après match, dans la douleur, quelque chose qui nous a conduits à la deuxième place du championnat, sans faire de grandes déclarations. Mais en travaillant dans une atmosphère saine.
Quel est votre plus grand regret ?
La finale perdue en Coupe de la Ligue contre Gueugnon en 2000. Nous n'aurions jamais du perdre. Je m'en veux car je n'ai pas su motiver ou surveiller. J'en veux aux joueurs qui n'ont pas su comprendre que c'était une finale au Stade de France. Mais ma plus grande faute, ça reste de ne pas leur avoir serré la main à l'issue de la rencontre. Me désolidariser de cette façon n'était pas très convenable. Ce n'était pas la bonne façon d'exprimer mon émotion.
A l'été 2000, auriez-vous du vous opposer à l'arrivée de Nicolas Anelka imposé par Pierre Lescure, président du groupe Canal + ?
Je persiste à penser que c'était une mauvaise politique que de recruter Anelka dans ce PSG-là. Je me doutais que c'était trop tôt. J'étais extrêmement réticent. On a été plus vite que la musique. Nous n'étions pas prêts à gérer ce type de star. Du coup, cela a mis un niveau d'exigence et de pression que l'on n'a pas su tenir. J'ai essayé d'en parler à Pierre Lescure mais on ne va pas revenir là-dessus, c'est trop facile de refaire l'histoire.
Face à la pression médiatique et populaire, vous avez été contraint d'évincer Bergeroo en décembre 2000 au profit de Fernandez. Ça reste une blessure pour vous ?
Oui, je voulais que le club progresse dans la simplicité et la rigueur, non dans l'esbroufe et les paillettes. Le moment déclencheur a été l'arrivée d'Anelka. La qualification en Ligue des champions, le recrutement d'Anelka, le remaniement du groupe, la fragilité d'une équipe de foot... Avec tous ces éléments, le ver était dans le fruit.
Est-ce pour cette raison que vous avez tenu tête, cette fois, à Xavier Couture qui vous réclamait la démission de Fernandez en décembre ?
Oui, je ne voulais pas recommencer.
Et ensuite quand Xavier Couture s'est présenté comme le sauveur de Fernandez, vous vous êtes senti...
Trahi. Je peux dire que ça m'a retiré mes dernières illusions.
N'avez-vous jamais songé à démissionner ?
Une fois. A l'été 2002, Xavier Couture a exigé la vente de Ronaldinho. J'ai mis ma démission dans la balance pour le garder. Ça valait la peine.
Qu'est-ce qui vous rapproche tant de Ronaldinho ?
Je me souviens de mon premier voyage à Porto Alegre au Brésil. J'ai été reçu par sa mère, sa soeur... Au-delà de son génie, c'est un garçon attachant. Et intelligent, oh que oui ! Je suis convaincu qu'il va nous offrir une immense finale.
Quel est votre meilleur souvenir ?
Le match que l'on a gagné quand tout allait très mal contre Marseille (2-1), la première saison, alors qu'on n'avait pas gagné contre l'OM depuis neuf ans au Parc. Ce fut une émotion forte. Peut-être plus forte que celle d'aller gagner au Stade-Vélodrome (3-0) cette année.
Quel est le talent qui vous a manqué au PSG ?
La rouerie. Ça peut s'apprendre mais ce sont des trucs que je n'ai pas envie d'apprendre. Ce n'est pas mon style.
Que retiendrez-vous de votre brutale éviction ?
Quand les choses se passent mal, il y a ceux qui s'apitoient et ceux qui se mouillent, ça, c'est plus rare. J'ai essayé de donner une image de respect et de dignité à la tête du PSG, le club de la capitale.
Avez-vous un message à envoyer à vos détracteurs avant de partir ?
Je méprise trop mes ennemis pour m'abaisser à envoyer deux ou trois scuds. Ça viendra plus tard. Il faut laisser faire les choses quand on a la conscience en paix.
Quelle était la nature de vos relations avec Luis Fernandez ?
J'ai le sentiment de l'avoir soutenu. Beaucoup.
Que pensez-vous de votre adversaire de demain ?
Auxerre, c'est une belle équipe, avec de belles individualités. Guy Roux bénéficie d'un privilège d'extra-territorialité. Dans le monde des entraîneurs, il peut se permettre des choses qu'aucun autre ne peut se permettre. Ça, c'est un talent. Et il en use avec une rouerie consommée.
Que ressentirez-vous demain au coup de sifflet final ?
Il y aura une part de soulagement. Bien ou mal, quatre ans de ma vie se refermeront. Mais il y aura plus fort que ça : la joie d'être arrivé à gagner cette coupe... ou une immense tristesse d'avoir échoué. D'un côté comme de l'autre, je vivrai un moment fort.