Nous n'avons pas eu la possibilité d'enchaîner des passes vers l'avant et nous n'avons pas de joueurs capables de gagner des duels dans l'axe, d'enchaîner tout seul, de créer des décalages. Si nous avions un Ronaldinho... Mais si je vous dis que mes joueurs ont le talent d'un Ronaldinho ou d'un Maradona, je vous prends pour un c...
L'affirmation est tellement évidente qu'elle passe pratiquement inaperçue. En stigmatisant ainsi les faiblesses d'un effectif cruellement limité en nombre et en qualité, Vahid lance pourtant un véritable pavé dans la mare. Sous l'ère Canal +, jamais un manager n'avait remis en cause la qualité sportive de l'effectif mis à sa disposition.
Depuis 1996 et la victoire du PSG en Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe, correspondant à l'apogée du club parisien, les différents entraîneurs / managers n'avaient cessé de mettre leurs déboires et déconvenues successives sur le compte de la malchance, de la pression, du mental fébrile des joueurs, du climat atypique régnant au club, ou encore des éminences grises intriguant dans les coulisses pour leur faire du tort.
La réalité est pourtant bien plus simple. Depuis 1996, date à laquelle Canal Plus est parvenu à ses fins en portant son équipe aux sommets de l'Europe, l'engagement financier de la chaîne cryptée au sein du club parisien n'a fait que diminuer d'années en années, ou du moins n'a pas suivi le cours de l'inflation, certes galopante, en vigueur dans le monde du ballon rond. Le sursaut de l'été 2000 a été aussi spectaculaire qu'inefficace, faute à une politique sportive sans queue ni tête. Suite à cet échec, mais aussi aux graves problèmes financiers qu'ont connus Vivendi et Canal depuis, le soutient au PSG s'est réduit comme peau de chagrin, les divers colmatages financiers ayant pour but de maintenir le navire PSG à flot ne masquant pas l'absence réelle de politique ambitieuse d'investissement soutenue par un projet sportif cohérent, condition sine qua non (on le sait désormais) pour que la-dite politique d'investissement puisse porter ses fruits au niveau des résultats sportifs du club.
Ainsi, depuis huit ans, les supporters parisiens assistent avec désarrois à une paupérisation progressive mais inéluctable de l'effectif du PSG de saison en saison. Si l'on met en parallèle les équipes des saisons 1994/1995 ou 1995/1996 avec celle de 2003/2004, le constat d'échec est terrible. D'un groupe talentueux, très expérimenté et pléthorique, considéré à juste titre comme l'un des meilleurs d'Europe, on est passé à un effectif famélique composé à une ou deux exceptions près de joueurs quelconques, sans connaissance du très haut niveau, et où certains jeunes joueurs n'ayant qu'une poignée de matchs professionnels à leur actif obtiennent une place faute de mieux, ou pire, faute d'alternative.
Certes, le football a beaucoup évolué depuis les années fastes parisiennes. L'arrêt Bosman (néanmoins déjà entré en vigueur lors de la victoire parisienne en C2) a fait quelques ravages au sein d'un championnat de France limité économiquement. Que l'on n'aille pas pour autant croire que le déclin parisien était prévisible et inéluctable. S'il est vrai que les clubs français ne sont plus en mesure de rivaliser avec les plus grosses écuries européennes depuis le milieu des années 90, il n'en reste pas moins qu'une politique financière et sportive ambitieuse a sa place en France. Le double champion en titre, l'Olympique Lyonnais, en est la preuve éclatante.
Depuis dix ans, les clubs parisiens et lyonnais ont connu des trajectoires quasi-opposées, même si certains supporters parisiens argueront des modestes performances lyonnaises sur la scène européenne pour contester ce fait. L'explication est simple : tandis que l'OL se constituait progressivement un groupe d'investisseurs solides, voyant ainsi ses budgets de fonctionnement augmenter chaque année et par conséquent son équipe grimper de plus en plus haut dans la hiérarchie française et européenne, le PSG, lui, voyait l'engagement de Canal s'amenuiser ainsi que ses quelques investissements se dilapider bêtement.
Il ne faut pas être naïf, en football comme tout, l'argent est le nerf de la guerre, et il ne faut pas aller chercher beaucoup plus loin que dans l'évolution de leurs puissances financières respectives l'explication des destins croisés de ces deux clubs.
Le PSG n'est plus le club le plus riche de France, loin s'en faut, ni le deuxième, ni le troisième...
Le classement actuel de l'équipe (4e) est donc, à ce titre, plutôt légitime, on pourrait presque dire satisfaisant. Si le PSG veut pouvoir prétendre à mieux, il faudra de l'argent, seulement de l'argent, rien que de l'argent. Le mythe du PSG victime de sa mauvaise image, de la désinvolture de ses joueurs, de leur starification excessive, de leur suffisance face aux « petites équipes », le mythe du PSG gaffeur en quelque sorte, a certes quelques fondements mais reste essentiellement un mythe. Un mythe qui cache une réalité beaucoup plus sombre et pernicieuse, celle de l'appauvrissement du club (et même si le terme fera sans doute doucement sourire les responsables et supporters de certains clubs parmi les moins huppés de l'élite, je l'assume). C'est cet appauvrissement qui est la cause principale de la dégradation du PSG et de ses résultats en demi-teinte.
En soulevant le problème de la faiblesse de son effectif, Vahid Halilhodzic a mis le doigt sur cette réalité parisienne. Evidence diront certains. Peut-être, mais ses prédécesseurs, confrontés aux mêmes problèmes, avaient toujours évoqué des raisons secondaires pour justifier leurs échecs, sans jamais remettre en cause la valeur intrinsèque des joueurs. Vahid, lui, a le courage d'énoncer les vrais problèmes et de regarder la réalité en face, aussi rude soit elle. Une telle franchise constitue sans doute les premiers signes tangibles de la relative indépendance de la nouvelle équipe dirigeante envers Canal Plus.
En tout les cas, ces déclarations d' Halilhodzic sont à n'en point douter un véritable événement. Une révolution ?