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Supporters PSG : Un ras-le-bol général

Publié le 27 Décembre 2004 à 19h54 par LeParisien
Supporters  PSG : Un ras-le-bol général

La rencontre est organisée à Paris, porte d'Auteuil. Les responsables des Gavroches, Rangers et indépendants, fidèles du PSG et de la tribune Boulogne, nous rejoignent à leur sortie du travail, en costume de ville. La discussion animée, parfois conflictuelle, dure trois heures. Puis les autres membres d'associations de supporters du PSG (Boulogne Boys, Supras, Lutece Falco, Tigris Mystic) nous contactent. Tous justifient leur colère contre la direction du club.

Une détermination sans faille

Alexis G. (27 ans, responsable des Rangers, tribune Boulogne, reste anonyme en raison de ses occupations professionnelles) : « Nous ne sommes pas radicaux, mais la confiance a été trahie, alors on souhaite le départ de Jean-Pierre Larrue. De Francis Graille aussi, ce serait l'idéal. Son projet global pour le PSG ne tient pas la route. Il dénature l'esprit du club. On préférerait un projet humain avec des valeurs. »

Fabrice (27 ans, porte-parole des indépendants, tribune Boulogne, exige que son anonymat soit respecté) : « Il n'y a pas de retour en arrière possible. On ira jusqu'au bout et l'on ne veut plus discuter avec cette direction. Nous demandons la démission des deux, Graille et Larrue. Graille, c'est Monsieur Oui-Oui, il noie en permanence le poisson. Le PSG, c'est pas lui, c'est nous. »

Philippe Pereira (33 ans, responsable des Gavroches, tribune Boulogne) : « Nous souhaitons qu'ils s'en aillent. Nous leur avons proposé des réunions, ils n'ont pas daigné nous recevoir. Aujourd'hui, ils changent d'avis, mais c'est trop tard. »

Christophe (28 ans, président des Supras, tribune Auteuil, marié et père de famille, conserve l'anonymat) : « On est prêts à discuter si Larrue ne participe pas aux négociations. Graille et lui nous ont trahis. »

David (31 ans, secrétaire général des Boulogne Boys, tribune Boulogne, employé par la mairie de Paris, tient à rester anonyme « par rapport au boulot ») : « On veut les rencontrer les yeux dans les yeux. Graille doit changer et reconnaître ses erreurs et nous, les nôtres. Si on ne dialogue pas, soit le club va perdre et la direction partira, soit on disparaîtra. Et, au lieu de six associations, le PSG aura à gérer douze mille électrons libres... Jean-Pierre Larrue, au Parc, c'est l'égal de Gérard Salouze au camp des Loges. L'équation est devenue : supporter = sécurité = danger. Alors, on va continuer les actions. On ne conteste pas par plaisir. Les associations ne peuvent

plus exercer leur activité. »

Amar (30 ans, porte-parole des Lutece Falco, tribune Auteuil, préfère conserver l'anonymat) : « On ne peut pas vivre sans le PSG. Nous ne sommes pas des groupes de pouvoir, mais de pression. Nous exigeons un club avec une image digne de celle de la capitale. M. Graille nous traite de voyous. Moi, je n'ai pas de casier judiciaire, je n'ai jamais été interpellé. Il n'y avait plus d'incidents au Parc avant l'arrivée de M. Larrue. En fait, il a été mis là par le ministère de l'Intérieur. Alors, il y a unanimité des associations, même si nous sommes moins radicaux qu'à Boulogne. »

La violence et le racisme

Philippe Pereira : « Nous les condamnons. Je ne suis pas un voyou, je suis chef d'entreprise. Contre Metz, on a prétendu qu'on voulait lancer une buvette sur la pelouse, mais c'était une structure légère que nous avons récupérée et qui n'était ni rivée, ni soudée. »

Fabrice : « Nous savons très bien que la violence nous desservira, donc nous sommes contre. Et jamais nous ne menacerons monsieur Graille. Il ne faut pas confondre hooligans et indépendants. Et je ne cautionne pas les injures racistes. »

Alexis G. : « Nous continuerons. On peut faire de chaque match une réplique de PSG - Metz. »

David : « Contre Metz, quand j'ai vu des fumigènes tirés vers la pelouse, j'étais dégouté. Je suis sorti de la tribune. Non à la violence ! Mais je demande aussi que le PSG porte plainte quand ses supporters prennent des lavabos sur la tête au Stade-Vélodrome. »

La politique du club vis-à-vis des supporters

Mehdi (responsable des Tigris Mystic, tribune Auteuil, garde l'anonymat) : « La politique supportrice est inexistante. Graille et Larrue ne connaissent rien aux supporters. »

David : « Nous ne voulons pas le pouvoir, contrairement à ce qui se passe à l'OM, où les associations de supporters ont le statut de sociétés. »

Alexis G. : « Il n'y a plus l'esprit familial qui régnait avant. Quand Pauleta demande au public de se réveiller, il oublie que les joueurs ne nous ont jamais rencontrés. »

Christophe : « Elle est irrespectueuse. Pour la Ligue des champions, les abonnés recevaient le courrier pour les prévenir de la mise en vente... deux jours après l'ouverture au grand public. En revanche, on n'oublie pas de nous prévenir quand il s'agit de nous vendre un maillot dédicacé du club pour 980 €. Et, en période de réabonnement, Graille nous promet de grands noms, puis on voit arriver Ateba et Coridon. Autre exemple, la direction qui refuse d'organiser le jubilé de Weah car c'est trop cher, après tout ce qu'il a fait pour le club. »

Les résiliations et le prix des abonnements

Mehdi : « C'est scandaleux, on va attaquer le club en justice. Nos avocats travaillent déjà dessus. En clair, le PSG se substitue à la justice et décide avant elle de punir les gens. Que l'on résilie un contrat si quelqu'un a été condamné par un tribunal, OK. Mais avant, c'est faire fi de la présomption d'innocence. Larrue l'a fait pour trois supporters, on a réagi par courrier recommandé et il a rendu les abonnements aux personnes. »

Amar : « Le PSG veut gérer le club comme une entreprise, en vendant un spectacle et des produits dérivés. Graille entend faire de l'argent. Bien, mais alors en tant que clients, on a le droit de dire que c'est pourri. Le président d'une entreprise qui ne donne pas satisfaction à ses clients, il démissionne. Il y a une fracture entre nous et les autres supporters, qui sont des agneaux qui se font piquer leurs thunes. »

Alexis G. : « On paie pour la gabegie des années passées. » * Christophe : « Ils prétendent que c'est le même prix qu'à Lyon. C'est faux. On vient de me proposer les six derniers mois d'abonnement en Auteuil bleu à 165 €, alors que c'est 112 € pour toute la saison à Lyon avec un tout autre spectacle. Et eux, ils ont des tarifs réduits pour les chômeurs, étudiants, familles et membres d'associations. »

La carte d'identité exigée en déplacement

Alexis : « Et la liberté individuelle ? On ne serait pas contre le fait de montrer la carte d'identité si le club organisait des déplacements officiels. Or, il ne le fait plus. Cette mesure est illégale. Et puis, franchement, à quoi sert la traçabilité des billets ? C'est une aberration. »

Christophe : « C'est discriminatoire ! Alors, on continuera à acheter des billets en tribunes latérales, comme à Montpellier. »

Fabrice : « C'est une connerie, on a déjà acheté des billets en donnant des cartes d'identité de parents... Et pourquoi vouloir nos cartes, alors que les renseignements généraux, qui nous suivent depuis des années, nous connaissent mieux que personne ? Ce n'est pas le rôle du PSG ou de la Ligue, mais des pouvoirs publics. »

David : « Les associations officielles se déplacent avec leurs propres moyens. On a accepté de dresser des listes des présents dans nos bus. On a bien voulu honorer le rendez-vous aux péages, pour qu'on nous remette nos billets avant les déplacements à Saint-Etienne ou à Marseille. On dit oui mais, demain, ils nous imposeront de partir avec les bus du PSG. Alors que notre petit plaisir, c'est de partir avant, pour aller faire un tour en ville. Ceci dit, nous sommes prêts à montrer notre carte d'identité à notre entrée en tribune, à condition que ce soit à des personnes assermentées. »

Les fumigènes

Philippe : « Lors de notre première rencontre, Graille nous a dit : Les fumigènes, je n'en ai rien à faire. »

Mehdi : « Nous prônons la responsabilisation des associations en ce qui concerne les fumigènes. Si on n'en utilise plus, on pourra toujours venir avec de la poudre de chlorate cachée dans nos chaussettes ou ailleurs. Ce produit est plus instable et donc plus dangereux. »

David : « Tout part d'une première réunion avec M. Larrue. On s'engage à faire des efforts pour les fumigènes. Ils font partie du milieu des supporters. On lui dit que, lors de PSG - Saint-Etienne, on aimerait utiliser des pots de fumée de couleurs. Il nous dit : OK. Dans la foulée, il y a une perquisition gigantesque et on nous prend tous les pots, achetés en Italie pour 1 000 € ! On va voir Larrue, il nous réplique : Je suis à l'origine de ça, c'est le jeu, vous avez perdu, j'ai gagné. »

L'accès réglementé aux locaux et au stade

Mehdi : « Nous ne sommes pas opposés à ce que les entrées et sorties au Parc des Princes soient davantage encadrées. Mais tout ceci a été fait sans concertation. Le club a toujours eu le double des clés de nos locaux pour des raisons de sécurité. Aujourd'hui, ils ont mis des cadenas à eux... Dans nos locaux, il n'y a rien d'interdit, ce n'est pas là que l'on cache les fumigènes. Les CRS n'ont jamais rien trouvé lors des fouilles d'avant-match. »

David : « On nous impose de venir tel jour à telle heure dans nos locaux. M. Larrue définit lui-même les matchs au cours desquels on a droit aux tifos. Face à Saint-Etienne, il avait été mesquin, refusant d'allumer quatre projecteurs pour mettre en valeur notre spectacle en tribune. Pour le grand public, ce sont des détails mais pour un supporter, ça fout les boules. Larrue est là pour nous supprimer nos moyens logistiques. Nous sommes rejetés de partout. »

Propos recueillis par Arnaud Hermant et Gilles Verdez

Le Parisien , lundi 27 décembre 2004

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