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Supporters PSG : Etranger : Interview d'un président ultra au Brésil

Publié le 24 Mars 2005 à 21h14 par M_P
Supporters  PSG : Etranger : Interview d'un président ultra au Brésil

Voici une interview exclusive pour PlanetePSG du président d'un groupe ultra brésilien réunissant à lui seul 80 000 cartés. C'est une discussion très enrichissante avec un émigré français, qui est devenu un leader charismatique de supporters brésiliens.

MP : Hello, pourrais-tu te présenter ?

Jean-Marc : Je m'appelle Jean Marc Gougeuil, j'ai 42 ans, je suis originaire de la région parisienne, Ville d'Avray, fervent inconditionnel du PSG, même à distance. J'ai fréquenté la tribune Boulogne jusqu'en 1986, date de mon départ au Brésil, je suis marié avec une brésilienne qui déteste le foot, chose rare au Brésil

De quel groupe fais-tu partie et quel rôle y joues-tu ?

Jean-Marc : Je fais partie depuis 1986 d'un groupe de supporters du Cruzeiro qui s'appelle Mafia Azul, j'en suis le président depuis 4 ans, c'est un groupe très réputé au Brésil. J'en suis très fier car nous avons commencé à sept. Mon rôle est de coordonner le groupe à tous les niveaux

Peux tu nous parler du mouvement ultra au Brésil ?

Jean-Marc : Le mouvement ultra brésilien est très différent des autres mouvements du fait que le foot ici est une religion et l'unique loisir des brésiliens. Ce qui impressionne ici, c'est que tout est gigantesque, stades, fêtes...

Normalement chaque club possède des dizaines de groupes mais seul un grand groupe commande, les autres malheureusement sont comme des figurants, ce qui est dommage. Ces grands groupes varient de 5 000 à 85 0000 adhérents, ce qui serait impensable ailleurs.

La politique n'existe pas dans les stades grâce à Dieu et dans les groupes mais il existe une politique interne, souvent avec la permission des dirigeants des clubs qui peuvent faciliter certaines choses pour tel ou tel groupe.

Enfin, le mouvement ici est extrêmement violent : depuis mon arrivée au Brésil, j'ai comptabilisé une trentaine de morts en 19 ans sans compter les embuscades , les bus brulés, les blessés...tout cela s'explique par le fait que le Brésil, à cause de la pauvreté, est un pays violent. Par exemple, dans une grande ville meurent par week-end environ 60 personnes assassinées...C'est le côté très négatif du foot ici mais heureusement la violence diminue.

Maintenant peux tu nous parler de ton groupe, la Mafia Azul ?

Jean-Marc : Mon groupe se situe entre les 5 premiers groupes du Brésil avec environ 80 000 cartés et possède 120 filiales éparpillées dans tout le Brésil, principalement dans notre Etat, le Minas Gerais. Le siège central est situé à Belo Horizonte, qui est la capitale avec 2,5 millions d'habitants. Nous possédons environ 35 000 cartes dans la capitale qui sont divisés en région nord, sud, est, ouest et ces 4 régions sont divisées en commandos qui seraient des nucleos du groupe. Mais tous sont sous la responsabilité du siège central : c'est pour cela que nous avons 15 directeurs sans compter les présidents des filiales, c'est compliqué.

Notre banderole de stade par exemple fait 110 mts de long sur 5 mts de hauteur, notre bâche principale est de 170 mts sur 40 mts, sans compter 3 autres bâches que nous possédons avec des mesures moins grandes : environ 70 mts et s'il le faut on augmentera si nos rivaux nous provoquent !

Comment expliques-tu que tout soit surdimensioné au Brésil par rapport au vieux continent ?

Jean-Marc : la surdimension au Brésil est monnaie courante : tout doit être gigantesque, c'est une lutte constante entre les groupes pour s'affirmer par rapport aux autres. Notre carté est capable de tout, d'abord sa devise est son groupe après le club, après sa famille. Il défendra les couleurs de son groupe jusqu'à la mort s'il le faut car le Brésilien des favelas n'a pratiquement rien à perdre à cause de la misère. Souvent, le groupe est sa famille.

Comment arrivez-vous à gérer une vente de matériel avec 80 000 cartés ?

Jean-Marc : Le système financier du groupe est complexe, comme tout ici. Il faut savoir que nous sommes comme une entreprise, nous avons des fonctionnaires, des sponsors, un fabriquant exclusif qui nous redonne chaque mois 20 % des ventes, notre marque et notre logo sont enregistrés, personne ne peut l'utiliser sans notre approbation.

Vous devez déplacer beaucoup de monde en déplacement ?

Jean-Marc : Sur les déplacements, nous nous déplaçons en bus. Le problème ici sont les distances énormes qui séparent les villes : il nous faut en moyenne de 8h à 30 h de bus pour arriver a destination. Comme en Europe, le calendrier est terrible avec des matchs en pleine semaine, ce qui complique énormément les voyages. Tout va dépendre de l'enjeu du match : pour un match commun de 3 bus à 7, pour des demi finales de 50 bus à 100 bus.

Avez vous des rivalités ou des affinités avec d'autres groupes ultras ?

Jean-Marc : Nous avons beaucoup plus d'ennemis que d'amis. Notre devise est "nous pour nous, le reste on s'en fout". Parmi nos ennemis, nous avons Galoucura Atletico, Gavoies Corinthians, Mancha Verde Palmeiras, Força Jovem Vasco, Torcida Jovem Santos...

Maintenant parlons un peu du PSG. Que pensez-vous du mouvement ultras français et surtout parisien ?

Jean-Marc : Je vois que le mouvement ultra en France s'est nettement amélioré depuis une dizaine d'années : chaque club possède des groupes qui se déplacent, mais je suis absolument contre l'expression de tendances politiques dans les groupes... Par contre, ça n'a rien à voir mais j'en profite également pour dire un bravo pour les tifos à St Etienne !

Sinon, sur le mouvement parisien, je peux dire ça : Paris c'est magique. Lors de mon dernier séjour à Paris je suis allé en tribune Auteuil, où j'ai pu me faire une meilleure idée sur le sujet. Je tire mon chapeau à tous ces groupes : Supras, Tigris, Boulogne Boys... qui même avec peu de moyens financiers font vibrer le stade. La ténacité des capos et des supporters qui encouragent leur équipe même quand elle perd, ce que les Brésiliens ont extrêmement de mal à faire, m'a surpris.

Que pensent les Brésiliens du PSG, est-ce un club populaire là- bas

Jean-Marc : Au Brésil, tout le monde connaît le PSG par le fait que le club possède toujours dans ses rangs des Brésiliens. Il est très commun de voir des maillots du psg dans les stades au Brésil, mais le psg se doit de gagner des titres ou de participer à des compétitions européennes sous peine de perdre cette notoriété.

Suis-tu le PSG ? Si oui, comment expliques-tu les mauvais résultats depuis presque 8 ans ?

Jean-Marc : Oui, il m'est difficile d'expliquer ces mauvais résultats à distance. La plus grosse erreur serait d'après moi le recrutement et la vente de joueurs. Par exemple, Sorin est un excellent joueur qui possède toutes les caractéristiques de l'argentin : un lutteur constant...Le PSG a été incapable de l'acheter pour 3 millions d'euros. Le Reinaldo qui joue actuellement est un joueur commun au Brésil : rien d'extraordinaire.

Que penses-tu de la grève qui dure depuis maintenant plus de 3 mois, est-ce une cause juste pour toi ?

Jean-Marc : Le PSG commet une erreur monumentale qui est la suivante: le plus grand patrimoine du club sont ses supporters : joueurs, dirigeants s'en vont mais les supporters seront toujours là dans les bons moments et les mauvais. Ils méritent le plus grand respect.

Cette répression est d'une absurdité totale : tout peut se résoudre à base du dialogue. Ces dirigeants devraient venir au Brésil faire un stage de recyclage, cette guerre ne mène a rien. Tout le monde va y perdre : les dirigeants, le club, les supporters.

Anecdote véridique, nous avons été bloqués à la porte du Maracaña durant un match de championnat par la police locale avec 10 bus. J'ai téléphoné au président de mon club lui expliquant la situation : la réponse a été très simple, le Cruzeiro n'entrera pas sur le terrain tant que ses supporters ne seront pas entrés dans le stade. Chose bizarre, la police nous a libéré immédiatement.

As-tu quelques bons joueurs du Brésil à nous donner pour relancer notre filiale brésilienne ?

Jean-Marc : Relancer la filière brésilienne actuellement n'est pas évident car toutes les grandes équipes ont les yeux tournés vers le Brésil. Nous avons actuellement au Cruzeiro un avant-centre jeune peu connu encore: il s'appelle Fred. Comme on dit dans le jargon, c'est un buteur-né. Dans un an, il va exploser, il ne coute pas encore trop cher et Pauleta à côté,c' est de la rigolade !

Un petit mot de fin pour nos lecteur parisien ?

Jean-Marc : J'espère ne pas trop vous avoir ennuyé avec mon histoire mais sachez que nous partageons la même passion : le PSG c'est Paris !

Un grand merci à Jean-Marc Gougeuil, president de la Mafia AZul

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